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lâche et molle tombe du nombril sur les cuisses ; le mamelon noir des femmes samoyèdes, la barbe des hommes de notre continent, et le menton toujours imberbe des Américains, sont des différences si marquées qu’il n’est guère possible d’imaginer que les uns et les autres ne soient pas des races différentes.

Au reste, si l’on demande d’où sont venus les Américains, il faut aussi demander d’où sont venus les habitants des terres australes ; et l’on a déjà répondu que la Providence, qui a mis des hommes dans la Norvége, en a mis aussi en Amérique et sous le cercle polaire méridional, comme elle y a planté des arbres et fait croître de l’herbe[1].

Plusieurs savants ont soupçonné que quelques races d’hommes, ou d’animaux approchants de l’homme, ont péri ; les Albinos sont en si petit nombre, si faibles, et si maltraités par les Nègres, qu’il est à craindre que cette espèce ne subsiste pas encore longtemps.

Il est parlé de satyres dans presque tous les auteurs anciens. Je ne vois pas que leur existence soit impossible ; on étouffe encore en Calabre quelques monstres mis au monde par des femmes. Il n’est pas improbable que dans les pays chauds des singes aient subjugué des filles. Hérodote, au livre II, dit que, pendant son voyage en Égypte, il y eut une femme qui s’accoupla publiquement avec un bouc dans la province de Mendès ; et il appelle toute l’Égypte en témoignage. Il est défendu dans le Lévitique, au chapitre XVII, de s’unir avec les boucs et avec les chèvres. Il faut donc que ces accouplements aient été communs ; et jusqu’à ce qu’on soit mieux éclairci, il est à présumer que des espèces monstrueuses ont pu naître de ces amours abominables. Mais si elles ont existé, elles n’ont pu influer sur le genre humain ; et, semblables aux mulets, qui n’engendrent point, elles n’ont pu dénaturer les autres races.

À l’égard de la durée de la vie des hommes (si vous faites abstraction de cette ligne de descendants d’Adam consacrée par les livres juifs, et si longtemps inconnue), il est vraisemblable que toutes les races humaines ont joui d’une vie à peu près aussi courte que la nôtre. Comme les animaux, les arbres, et toutes les productions de la nature, ont toujours eu la même durée, il est ridicule de nous en excepter.

Mais il faut observer que le commerce n’ayant pas toujours apporté au genre humain les productions et les maladies des

  1. Voyez Essai sur les Mœurs, chapitre cxlv.