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portèrent dans les Gaules leur langage grossier, et leurs mœurs encore plus agrestes. La nation lombarde était d’abord composée de païens et d’ariens. Leur roi Rotharic publia, vers l’an 640, un édit qui donna la liberté de professer toutes sortes de religions ; de sorte qu’il y avait dans presque toutes les villes d’Italie un évêque catholique et un évêque arien, qui laissaient vivre paisiblement les peuples nommés idolâtres, répandus encore dans les villages.

Le royaume de Lombardie s’étendit depuis le Piémont jusqu’à Brindes et à la terre d’Otrante ; il renfermait Bénévent, Bari, Tarente ; mais il n’eut ni la Fouille, ni Rome, ni Ravenne : ces pays demeurèrent annexés au faible empire d’Orient. L’Église romaine avait donc repassé de la domination des Goths à celle des Grecs. Un exarque gouvernait Rome au nom de l’empereur ; mais il ne résidait point dans cette ville, presque abandonnée à elle-même. Son séjour était à Ravenne, d’où il envoyait ses ordres au duc ou préfet de Rome, et aux sénateurs, qu’on appelait encore Pères conscripts. L’apparence du gouvernement municipal subsistait toujours dans cette ancienne capitale si déchue, et les sentiments républicains n’y furent jamais éteints. Ils se soutenaient par l’exemple de Venise, république fondée d’abord par la crainte et par la misère, et bientôt élevée par le commerce et par le courage. Venise était déjà si puissante qu’elle rétablit au viiie siècle l’exarque Scolastique, qui avait été chassé de Ravenne.

Quelle était donc aux viie et viiie siècles la situation de Rome ? celle d’une ville malheureuse, mal défendue par les exarques, continuellement menacée par les Lombards, et reconnaissant toujours les empereurs pour maîtres. Le crédit des papes augmentait dans la désolation de la ville. Ils en étaient souvent les consolateurs et les pères ; mais toujours sujets, ils ne pouvaient être consacrés qu’avec la permission expresse de l’exarque. Les formules par lesquelles cette permission était demandée et accordée subsistent encore[1]. Le clergé romain écrivait au métropolitain de Ravenne, et demandait la protection de sa béatitude auprès du gouverneur ; ensuite le pape envoyait à ce métropolitain sa profession de foi.

Le roi lombard Astolfe s’empara enfin de tout l’exarchat de Ravenne, en 751, et mit fin à cette vice-royauté impériale qui avait duré cent quatre-vingt-trois ans.

Comme le duché de Rome dépendait de l’exarchat de Ravenne,

  1. Dans le Diarium romanum. (Note de Voltaire.)