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par la persuasion, et surtout par l’exemple des vainqueurs, qui a tant de force sur les vaincus. Mahomet, dans ses premiers combats en Arabie contre les ennemis de son imposture, faisait tuer sans miséricorde ses compatriotes pénitents. Il n’était pas alors assez puissant pour laisser vivre ceux qui pouvaient détruire sa religion naissante ; mais sitôt qu’elle fut affermie dans l’Arabie par la prédication et par le fer, les Arabes, franchissant les limites de leur pays, dont ils n’étaient point sortis jusqu’alors, ne forcèrent jamais les étrangers à recevoir la religion musulmane. Ils donnèrent toujours le choix aux peuples subjugués d’être musulmans, ou de payer tribut. Ils voulaient piller, dominer, faire des esclaves, mais non pas obliger ces esclaves à croire. Quand ils furent ensuite dépossédés de l’Asie par les Turcs et par les Tartares, ils firent des prosélytes de leurs vainqueurs mêmes ; et des hordes de Tartares devinrent un grand peuple musulman. Par là on voit en effet qu’ils ont converti plus de monde qu’ils n’en ont subjugué.

Le peu que je viens de dire dément bien tout ce que nos historiens, nos déclamateurs et nos préjugés nous disent ; mais la vérité doit les combattre.

Bornons-nous toujours à cette vérité historique : le législateur des musulmans, homme puissant et terrible, établit ses dogmes par son courage et par ses armes ; cependant sa religion devint indulgente et tolérante. L’instituteur divin du christianisme, vivant dans l’humilité et dans la paix, prêcha le pardon des outrages ; et sa sainte et douce religion est devenue, par nos fureurs, la plus intolérante de toutes, et la plus barbare[1].

Les mahométans ont eu comme nous des sectes et des disputes scolastiques ; il n’est pas vrai qu’il y ait soixante et treize sectes chez eux, c’est une de leurs rêveries. Ils ont prétendu que les mages en avaient soixante et dix, les juifs soixante et onze, les

  1. Voyez : sur les Albigeois, l’Essai sur les Mœurs, chap. lxii, l’Histoire du Parlement, chap. xix, et l’écrit intitulé Conspirations contre les peuples dans les Mélanges, année 1766 ; — sur les Vaudois, l’Essai, chap. cxxxviii, et l’écrit sur les Conspirations ; — sur les Hussites, l’Essai, chap. lxxii ; — sur Mérindol, le chapitre xlii de Dieu et les Hommes (Mélanges, année 1769), et l’opuscule sur les Conspirations ; — sur Cabrières, ce dernier écrit ; — sur le massacre de Vassy, l’Essai sur les Mœurs, chap. clxxi ; — sur la Saint-Barthélemy, l’Essai sur les guerres civiles (à la suite de la Henriade, tome VIII), le chap. xlii de Dieu et les hommes, et l’écrit sur les Conspirations ; — sur les massacres d’Irlande, ce dernier opuscule, et l’Essai sur les Mœurs, chapitre clxxx ; — sur les massacres de douze millions d’hommes égorgés en Amérique au nom de Jésus-Christ et de la bonne Vierge sa mère, le morceau déjà cité des Conspirations contre les peuples. (B.)