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aujourd’hui des ruines. C’est le sort de Babylone, de Séleucie, et de toutes les anciennes villes de la Chaldée, qui n’étaient bâties que de briques.

Il est évident que le génie du peuple arabe, mis en mouvement par Mahomet, fit tout de lui-même pendant près de trois siècles, et ressembla en cela au génie des anciens Romains. C’est en effet sous Valid, le moins guerrier des califes, que se font les plus grandes conquêtes. Un de ses généraux étend son empire jusqu’à Samarcande, en 707. Un autre attaque en même temps l’empire des Grecs vers la mer Noire. Un autre, en 711, passe d’Égypte en Espagne, soumise aisément tour à tour par les Carthaginois, par les Romains, par les Goths et les Vandales, et enfin par ces Arabes qu’on nomme Maures. Ils y établirent d’abord le royaume de Cordoue. Le sultan d’Égypte secoue à la vérité le joug du grand calife de Bagdad ; et Abdérame, gouverneur de l’Espagne conquise, ne reconnaît plus le sultan d’Égypte : cependant, tout plie encore sous les armes musulmanes.

Cet Abdérame, petit-fils du calife Hescham, prend les royaumes de Castille, de Navarre, de Portugal, d’Aragon. Il s’établit en Languedoc ; il s’empare de la Guienne et du Poitou, et sans Charles Martel, qui lui ôta la victoire et la vie, la France était une province mahométane.

Après le règne de dix-neuf califes de la maison des Ommiades commence la dynastie des califes Abassides, vers l’an 752 de notre ère. Abougiafar-Almanzor, second calife Abasside, fixa le siège de ce grand empire à Bagdad, au delà de l’Euphrate, dans la Chaldée. Les Turcs disent qu’il en jeta les fondements. Les Persans assurent qu’elle était très-ancienne, et qu’il ne fit que la réparer. C’est cette ville qu’on appelle quelquefois Babylone, et qui a été le sujet de tant de guerres entre la Perse et la Turquie.

La domination des califes dura six cent cinquante-cinq ans. Despotiques dans la religion comme dans le gouvernement, ils n’étaient point adorés ainsi que le grand lama, mais ils avaient une autorité plus réelle ; et dans le temps même de leur décadence, ils furent respectés des princes qui les persécutaient. Tous ces sultans, turcs, arabes, tartares, reçurent l’investiture des califes avec bien moins de contestation que plusieurs princes chrétiens ne l’ont reçue des papes. On ne baisait point les pieds du calife ; mais on se prosternait sur le seuil de son palais.

Si jamais puissance a menacé toute la terre, c’est celle de ces califes ; car ils avaient le droit du trône et de l’autel, du glaive et