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pire. De fugitif il devint conquérant. S’il n’avait pas été persécuté, il n’aurait peut-être pas réussi. Réfugié à Médine, il y persuada le peuple et l’asservit. Il battit d’abord, avec cent treize hommes, les Mecquois, qui étaient venus fondre sur lui au nombre de mille. Cette victoire, qui fut un miracle aux yeux de ses sectateurs, les persuada que Dieu combattait pour eux, comme eux pour lui. Dès la première victoire, ils espérèrent la conquête du monde. Mahomet prit la Mecque, vit ses persécuteurs à ses pieds, conquit en neuf ans, par la parole et par les armes, toute l’Arabie, pays aussi grand que la Perse, et que les Perses ni les Romains n’avaient pu conquérir. Il se trouvait à la tête de quarante mille hommes tous enivrés de son enthousiasme. Dans ses premiers succès, il avait écrit au roi de Perse Cosroès Second ; à l’empereur Héraclius ; au prince des Cophtes, gouverneur d’Égypte ; au roi des Abyssins ; à un roi nommé Mondar, qui régnait dans une province près du golfe Persique.

Il osa leur proposer d’embrasser sa religion ; et, ce qui est étrange, c’est que de ces princes il y en eut deux qui se firent mahométans : ce furent le roi d’Abyssinie, et ce Mondar. Cosroès déchira la lettre de Mahomet avec indignation. Héraclius répondit par des présents. Le prince des Cophtes lui envoya une fille qui passait pour un chef-d’œuvre de la nature, et qu’on appelait la belle Marie.

Mahomet, au bout de neuf ans, se croyant assez fort pour étendre ses conquêtes et sa religion chez les Grecs et chez les Perses, commença par attaquer la Syrie, soumise alors à Héraclius, et lui prit quelques villes. Cet empereur, entêté de disputes métaphysiques de religion, et qui avait pris le parti des monothélites, essuya en peu de temps deux propositions bien singulières, l’une de la part de Cosroès Second, qui l’avait longtemps vaincu, et l’autre de la part de Mahomet. Cosroès voulait qu’Héraclius embrassât la religion des mages, et Mahomet qu’il se fit musulman.

Le nouveau prophète donnait le choix à ceux qu’il voulait subjuguer d’embrasser sa secte, ou de payer un tribut. Ce tribut était réglé par l’Alcoran à treize dragmes d’argent par an pour chaque chef de famille. Une taxe si modique est une preuve que les peuples qu’il soumit étaient pauvres. Le tribut a augmenté