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démons, qui venait exercer sa vengeance sur l’ouvrage de Dieu, et le corrompre. Cependant, il n’est aucun passage dans le Pentateuque dont nous puissions inférer cette interprétation, en ne consultant que nos faibles lumières.

Satan paraît, dans Job, le maître de la terre subordonné à Dieu. Mais quel homme un peu versé dans l’antiquité ne sait que ce mot Satan était chaldéen ; que ce Satan était l’Arimane des Perses, adopté par les Chaldéens, le mauvais principe qui dominait sur les hommes ? Job est représenté comme un pasteur arabe, vivant sur les confins de la Perse. Nous avons déjà dit[1] que les mots arabes, conservés dans la tradition hébraïque de cette ancienne allégorie, montrent que le livre fut d’abord écrit par des Arabes. Flavien Josèphe, qui ne le compte point parmi les livres du canon hébreu, ne laisse aucun doute sur ce sujet.

Les démons, les diables, chassés d’un globe du ciel, précipités dans le centre de notre globe, et s’échappant de leur prison pour tenter les hommes, sont regardés, depuis plusieurs siècles, comme les auteurs de notre damnation. Mais, encore une fois, c’est une opinion dont il n’y a aucune trace dans l’Ancien Testament. C’est une vérité de tradition, tirée du livre si antique et si longtemps inconnu, écrit par les premiers brachmanes, et que nous devons enfin aux recherches de quelques savants anglais qui ont résidé longtemps dans le Bengale.

Quelques commentateurs ont écrit que ce passage d’Isaïe : « Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer ! qui paraissais le matin » ? désigne la chute des anges, et que c’est Lucifer qui se déguisa en serpent pour faire manger la pomme à Ève et à son mari.

Mais, en vérité, une allégorie si étrange ressemble à ces énigmes qu’on faisait imaginer autrefois aux jeunes écoliers dans les colléges. On exposait, par exemple, un tableau représentant un vieillard et une jeune fille. L’un disait : c’est l’hiver et le printemps ; l’autre : c’est la neige et le feu ; un autre : c’est la rose et l’épine, ou bien c’est la force et la faiblesse ; et celui qui avait trouvé le sens le plus éloigné du sujet, l’application la plus extraordinaire, gagnait le prix.

Il en est précisément de même de cette application singulière de l’étoile du matin au diable. Isaïe, dans son quatorzième chapitre, en insultant à la mort d’un roi de Babylone, lui dit : « À ta mort on a chanté à gorge déployée : les sapins, les cèdres, s’en sont réjouis. Il n’est venu depuis aucun exacteur nous mettre à la

  1. Paragraphe vi.