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Hiram, dans Salomon, dans la reine de Saba. Tarquin le Superbe, consulté dans son jardin par son fils sur la manière dont il faut se conduire avec les Gabiens, ne répond qu’en abattant les pavots qui s’élevaient au-dessus des autres fleurs. Il faisait assez entendre qu’il fallait exterminer les grands, et épargner le peuple.

C’est à ces hiéroglyphes que nous devons les fables, qui furent les premiers écrits des hommes. La fable est bien plus ancienne que l’histoire.

Il faut être un peu familiarisé avec l’antiquité pour n’être point effarouché des actions et des discours énigmatiques des prophètes juifs.

Isaïe veut faire entendre au roi Achaz qu’il sera délivré dans quelques années du roi de Syrie et du melk ou roitelet de Samarie, unis contre lui ; il lui dit : « Avant qu’un enfant soit en âge de discerner le mal et le bien, vous serez délivré de ces deux rois. Le Seigneur prendra un rasoir de louage, pour raser la tête, le poil du pénil (qui est figuré par les pieds), et la barbe, etc. » Alors le prophète prend deux témoins, Zacharie et Urie ; il couche avec la prophétesse, elle met au monde un enfant. Le Seigneur lui donne le nom de Maher-Salal-has-bas, Partagez vite les dépouilles ; et ce nom signifie qu’on partagera les dépouilles des ennemis.

Je n’entre point dans le sens allégorique et infiniment respectable qu’on donne à cette prophétie ; je me borne à l’examen de ces usages étonnants aujourd’hui pour nous.

Le même Isaïe marche tout nu dans Jérusalem, pour marquer que les Égyptiens seront entièrement dépouillés par le roi de Babylone.

Quoi ! dira-t-on, est-il possible qu’un homme marche tout nu dans Jérusalem, sans être repris de justice ? Oui, sans doute : Diogène ne fut pas le seul dans l’antiquité qui eut cette hardiesse. Strabon, dans son quinzième livre, dit qu’il y avait dans les Indes une secte de brachmanes qui auraient été honteux de porter des vêtements. Aujourd’hui encore on voit des pénitents dans l’Inde qui marchent nus et chargés de chaînes, avec un anneau de fer attaché à la verge, pour expier les péchés du peuple. Il y en a dans l’Afrique et dans la Turquie. Ces mœurs ne sont pas nos mœurs, et je ne crois pas que du temps d’Isaïe il y eût un seul usage qui ressemblât aux nôtres.

Jérémie n’avait que quatorze ans quand il reçut l’esprit. Dieu étendit sa main et lui toucha la bouche, parce qu’il avait quelque