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elle fait gloire de n’avoir jamais épargné ni la vieillesse, ni le sexe, ni l’enfance, dans les villages et dans les bourgs dont elle a pu s’emparer. Elle ose étaler une haine irréconciliable contre toutes les nations[1] ; elle se révolte contre tous ses maîtres. Toujours superstitieuse, toujours avide du bien d’autrui, toujours barbare, rampante dans le malheur, et insolente dans la prospérité. Voilà ce que furent les Juifs aux yeux des Grecs et des Romains qui purent lire leurs livres ; mais, aux yeux des chrétiens éclairés par la foi, ils ont été nos précurseurs, ils nous ont préparé la voie, ils ont été les hérauts de la Providence.

Les deux autres nations qui sont errantes comme la juive dans l’Orient, et qui, comme elle, ne s’allient avec aucun autre peuple, sont les Banians et les Parsis nommés Guèbres. Ces Banians, adonnés au commerce ainsi que les Juifs, sont les descendants des premiers habitants paisibles de l’Inde ; ils n’ont jamais mêlé leur sang à un sang étranger, non plus que les Brachmanes. Les Parsis sont ces mêmes Perses, autrefois dominateurs de l’Orient, et souverains des Juifs. Ils sont dispersés depuis Omar, et labourent en paix une partie de la terre où ils régnèrent ; fidèles à cette antique religion des mages, adorant un seul Dieu, et conservant le feu sacré qu’ils regardent comme l’ouvrage et l’emblème de la Divinité.

  1. Voici ce qu’on trouve dans une réponse à l’évêque Warburton *, lequel, pour justifier la haine des Juifs contre les nations, écrivit avec beaucoup de haine et d’injures contre plusieurs auteurs français :

    « Venons maintenant à la haine invétérée que les Israélites avaient conçue contre toutes les nations. Dites-moi si on égorge les pères et les mères, les fils et les filles, les enfants à la mamelle, et les animaux même, sans haïr ? Si un homme avait trempé dans le sang ses mains dégouttantes de fiel et d’encre, oserait-il dire qu’il aurait assassiné sans colère et sans haine ? Relisez tous les passages où il est ordonné aux Juifs de ne pas laisser une âme en vie, et dites après cela qu’il ne leur était pas permis de haïr. C’est se tromper grossièrement sur la haine ; c’est un usurier qui ne sait pas compter.

    « Quoi ! ordonner qu’on ne mange pas dans le plat dont un étranger s’est servi, de ne pas toucher ses habits, ce n’est pas ordonner l’aversion pour les étrangers ?... Les Juifs, dites-vous, ne haïssaient que l’idolâtrie, et non les idolâtres : plaisante distinction !

    « Un jour un tigre rassasié de carnage rencontra des brebis qui prirent la fuite ; il courut après elles, et leur dit : Mes enfants, vous vous imaginez que je ne vous aime point ; vous avez tort : c’est votre bêlement que je hais ; mais j’ai du goût pour vos personnes, et je vous chéris au point que je ne veux faire qu’une chair avec vous : je m’unis à vous par la chair et le sang ; je bois l’un, je mange l’autre pour vous incorporer à moi. Jugez si on peut aimer plus intimement. » (Note de Voltaire.)

    * Voyez cette réponse à Warburton, parmi les Mélanges, année 1767. (Note de Voltaire.) — La citation que fait ici Voltaire n’est pas conforme au texte.