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laissant subsister seulement le sanctuaire, et qu’on ne fît trancher la tête au grand-prêtre Onias, regardé comme l’auteur de la révolte.

Jamais les Juifs ne furent plus inviolablement attachés à leurs rois que sous les rois de Syrie: ils n’adorèrent plus de divinités étrangères : ce fut alors que leur religion fut irrévocablement fixée, et cependant ils furent plus malheureux que jamais, comptant toujours sur leur délivrance, sur les prouesses de leurs prophètes, sur le secours de leur Dieu, mais abandonnés par la Providence, dont les décrets ne sont pas connus des hommes.

Ils respirèrent quelque temps par les guerres intestines des rois de Syrie ; mais bientôt les Juifs eux-mêmes s’armèrent les uns contre les autres. Comme ils n’avaient point de rois, et que la dignité de grand sacrificateur était la première, c’était pour l’obtenir qu’il s’élevait de violents partis : on n’était grand-prêtre que les armes à la main, et on n’arrivait au sanctuaire que sur les cadavres de ses rivaux.

Hircan, de la race des Machabées, devenu grand-prêtre, mais toujours sujet des Syriens, fit ouvrir le sépulcre de David, dans lequel l’exagérateur Josèphe prétend qu’on trouva trois mille talents. C’était quand on rebâtissait le temple, sous Néhémie, qu’il eût fallu chercher ce prétendu trésor. Cet Hircan obtint d’Antiochus Sidétès le droit de battre monnaie ; mais comme il n’y eut jamais de monnaie juive, il y a grande apparence que le trésor du tombeau de David n’avait pas été considérable.

Il est à remarquer que ce grand-prêtre Hircan était saducéen, et qu’il ne croyait ni à l’immortalité de l’âme, ni aux anges ; sujet nouveau de querelle qui commençait à diviser les saducéens et les pharisiens. Ceux-ci conspirèrent contre Hircan, et voulurent le condamner à la prison et au fouet. Il se vengea d’eux, et gouverna despotiquement.

Son fils Aristobule osa se faire roi pendant les troubles de Syrie et d’Égypte : ce fut un tyran plus cruel que tous ceux qui avaient opprimé le peuple juif. Aristobule, exact à la vérité à prier dans le temple et ne mangeant jamais de porc, fit mourir de faim sa mère, et fit égorger Antigone son frère. Il eut pour successeur un nommé Jean ou Jeanné, aussi méchant que lui.

Ce Jeanné, souillé de crimes, laissa deux fils qui se firent la guerre. Ces deux fils étaient Aristobule et Hircan ; Aristobule chassa son frère, et se fit roi. Les Romains alors subjuguaient l’Asie. Pompée en passant vint mettre les Juifs à la raison, prit le temple, fit pendre les séditieux aux portes, et chargea de fers le prétendu roi Aristobule.