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chrétiens. Plus nous respectons l’Église, à laquelle nous sommes soumis, plus nous pensons que cette Église tolère les opinions de ces savants vertueux avec la charité qui fait son caractère.


xli. — Des Juifs après Moïse, jusqu’à Saül.

Je ne recherche point pourquoi Josuah ou Josué, capitaine des Juifs, faisant passer sa horde de l’orient du Jourdain à l’occident, vers Jéricho, a besoin que Dieu suspende le cours de ce fleuve, qui n’a pas en cet endroit quarante pieds de largeur, sur lequel il était si aisé de jeter un pont de planches, et qu’il était plus aisé encore de passer à gué. Il y avait plusieurs gués à cette rivière ; témoin celui auquel les Israélites égorgèrent les quarante-deux mille Israélites qui ne pouvaient prononcer Shiboleth.

Je ne demande point pourquoi Jéricho tombe au son des trompettes ; ce sont de nouveaux prodiges que Dieu daigne faire en faveur du peuple dont il s’est déclaré le roi ; cela n’est pas du ressort de l’histoire. Je n’examine point de quel droit Josué venait détruire des villages qui n’avaient jamais entendu parler de lui. Les Juifs disaient : « Nous descendons d’Abraham ; Abraham voyagea chez vous il y a quatre cent quarante années : donc votre pays nous appartient ; et nous devons égorger vos mères, vos femmes et vos enfants. »

Fabricius et Holstenius se sont fait l’objection suivante : Que dirait-on si un Norvégien venait en Allemagne avec quelques centaines de ses compatriotes, et disait aux Allemands : « Il y a quatre cents ans qu’un homme de notre pays, fils d’un potier, voyagea près de Vienne ; ainsi l’Autriche nous appartient, et nous venons tout massacrer au nom du Seigneur ? » Les mêmes auteurs considèrent que le temps de Josué n’est pas le nôtre ; que ce n’est pas à nous à porter un œil profane dans les choses divines ; et surtout que Dieu avait le droit de punir les péchés des Cananéens par les mains des Juifs.

Il est dit qu’à peine Jéricho est sans défense que les Juifs immolent à leur Dieu tous les habitants, vieillards, femmes, filles, enfants à la mamelle, et tous les animaux, excepté une femme prostituée qui avait gardé chez elle les espions juifs, espions d’ailleurs inutiles, puisque les murs devaient tomber au son des trompettes. Pourquoi tuer aussi tous les animaux qui pouvaient servir ?

À l’égard de cette femme, que la Vulgate appelle meretrix, apparemment elle mena depuis une vie plus honnête, puisqu’elle fut