Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome11.djvu/132

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

magiciens du royaume ne pouvaient faire les mêmes miracles que l’envoyé de Dieu ; et que si Dieu leur donnait ce pouvoir, il semblait agir contre lui-même. Ils prétendent que Moïse ayant changé toutes les eaux en sang, il ne restait plus d’eau pour que les magiciens pussent faire la même métamorphose.

Ils demandent comment Pharaon put poursuivre les Juifs avec une cavalerie nombreuse, après que tous les chevaux étaient morts dans les cinquième, sixième, septième et dixième plaies. Ils demandent pourquoi six cent mille combattants s’enfuirent ayant Dieu à leur tête, et pouvant combattre avec avantage des Égyptiens dont tous les premiers nés avaient été frappés de mort. Ils demandent encore pourquoi Dieu ne donna pas la fertile Égypte à son peuple chéri, au lieu de le faire errer quarante ans dans d’affreux déserts.

On n’a qu’une seule réponse à toutes ces objections sans nombre, et cette réponse est : Dieu l’a voulu, l’Église le croit, et nous devons le croire. C’est en quoi cette histoire diffère des autres. Chaque peuple a ses prodiges ; mais tout est prodige chez le peuple juif ; et on peut dire que cela devait être ainsi, puisqu’il était conduit par Dieu même. Il est clair que l’histoire de Dieu ne doit point ressembler à celle des hommes. C’est pourquoi nous ne rapporterons aucun de ces faits surnaturels dont il n’appartient qu’à l’Esprit Saint de parler ; encore moins oserons-nous tenter de les expliquer. Examinons seulement le peu d’événements qui peuvent être soumis à la critique.


xl. — De Moïse, considéré simplement comme chef d’une nation.

Le maître de la nature donne seul la force au bras qu’il daigne choisir. Tout est surnaturel dans Moïse. Plus d’un savant l’a regardé comme un politique très-habile : d’autres ne voient en lui qu’un roseau faible dont la main divine daigne se servir pour faire le destin des empires. Qu’est-ce en effet qu’un vieillard de quatre-vingts ans pour entreprendre de conduire par lui-même tout un peuple, sur lequel il n’a aucun droit ? Son bras ne peut combattre, et sa langue ne peut articuler. Il est peint décrépit et bègue. Il ne conduit ses suivants que dans des solitudes affreuses pendant quarante années : il veut leur donner un établissement, et il ne leur en donne aucun. À suivre sa marche dans les déserts de Sur, de Sin, d’Oreb, de Sinaï, de Pharan, de Cadès-Barné, et à