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ment d’immoler au Seigneur celui qui aurait mangé pendant le combat.

Il est vrai qu’avant cette bataille gagnée sans armes il est dit, au chapitre précédent[1] que Saül, avec une armée de trois cent trente mille hommes, défit entièrement les Ammonites ; ce qui semble ne se pas accorder avec l’aveu qu’ils n’avaient ni javelot, ni épée, ni aucune arme. D’ailleurs, les plus grands rois ont eu rarement à la fois trois cent trente mille combattants effectifs. Comment les Juifs, qui semblent errants et opprimés dans ce petit pays, qui n’ont pas une ville fortifiée, pas une arme, pas une épée, ont-ils mis en campagne trois cent trente mille soldats ? il y avait là de quoi conquérir l’Asie et l’Europe. Laissons à des auteurs savants et respectables le soin de concilier ces contradictions apparentes que des lumières supérieures font disparaître ; respectons ce que nous sommes tenus de respecter, et remontons à l’histoire des Juifs par leurs propres écrits.


xxxix. — Des Juifs en Égypte.

Les annales des Juifs disent que cette nation habitait sur les confins de l’Égypte dans les temps ignorés ; que son séjour était dans le petit pays de Gossen, ou Gessen, vers le mont Casius et le lac Sirbon. C’est là que sont encore les Arabes qui viennent en hiver paître leurs troupeaux dans la basse Égypte. Cette nation n’était composée que d’une seule famille, qui, en deux cent cinq années, produisit un peuple d’environ trois millions de personnes ; car, pour fournir six cent mille combattants que la Genèse compte au sortir de l’Égypte, il faut des femmes, des filles et des vieillards. Cette multiplication, contre l’ordre de la nature, est un des miracles que Dieu daigna faire en faveur des Juifs.

C’est en vain qu’une foule de savants hommes s’étonne que le roi d’Égypte ait ordonné à deux sages-femmes de faire périr tous les enfants mâles des Hébreux ; que la fille du roi, qui demeurait à Memphis, soit venue se baigner loin de Memphis, dans un bras du Nil, où jamais personne ne se baigne à cause des crocodiles. C’est en vain qu’ils font des objections sur l’âge de quatre-vingts ans auquel Moïse était déjà parvenu avant d’entreprendre de conduire un peuple entier hors d’esclavage.

Ils disputent sur les dix plaies d’Égypte, ils disent que les

  1. Rois, 1, chap. xi, v. 8, 11. (Note de Voltaire.)