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ces mystères n’étaient que des débauches infâmes devaient être détrompés par le mot même qui répond à initiés : il veut dire qu’on commençait une nouvelle vie.

Une preuve encore sans réplique que ces mystères n’étaient célébrés que pour inspirer la vertu aux hommes, c’est la formule par laquelle on congédiait l’assemblée. On prononçait, chez les Grecs, les deux anciens mots phéniciens Kof tomphet, veillez et soyez purs. (Warburton, Lég. de Moïse, livre I.) Enfin, pour dernière preuve, c’est que l’empereur Néron, coupable de la mort de sa mère, ne put être reçu à ces mystères quand il voyagea dans la Grèce : le crime était trop énorme ; et, tout empereur qu’il était, les initiés n’auraient pas voulu l’admettre. Zosime dit aussi que Constantin ne put trouver des prêtres païens qui voulussent le purifier et l’absoudre de ses parricides.

Il y avait donc en effet chez les peuples qu’on nomme païens, gentils, idolâtres, une religion très-pure ; tandis que les peuples et les prêtres avaient des usages honteux, des cérémonies puériles, des doctrines ridicules, et que même ils versaient quelquefois le sang humain en l’honneur de quelques dieux imaginaires, méprisés et détestés par les sages.

Cette religion pure consistait dans l’aveu de l’existence d’un Dieu suprême, de sa providence et de sa justice. Ce qui défigurait ces mystères, c’était, si l’on en croit Tertullien, la cérémonie de la régénération. Il fallait que l’initié parût ressusciter ; c’était le symbole du nouveau genre de vie qu’il devait embrasser. On lui présentait une couronne, il la foulait aux pieds ; l’hiérophante levait sur lui le couteau sacré : l’initié, qu’on feignait de frapper, feignait aussi de tomber mort ; après quoi il paraissait ressusciter. Il y a encore chez les francs-maçons un reste de cette ancienne cérémonie.

Pausanias, dans ses Arcadiques, nous apprend que, dans plusieurs temples d’Éleusine, on flagellait les pénitents, les initiés ; coutume odieuse, introduite longtemps après dans plusieurs églises chrétiennes[1]. Je ne doute pas que dans tous ces mystères, dont le fond était si sage et si utile, il n’entrât beaucoup de superstitions condamnables. Les superstitions conduisirent à la débauche, qui amena le mépris. Il ne resta enfin de tous ces an-

  1. Pausanias ne dit pas positivement que les coups de verges ne fussent que pour les initiés ; mais il serait plaisant d’imaginer que les prêtres d’Athènes eussent eu le droit de frapper de verges tous ceux qu’ils rencontraient. Passe pour les initiés et les dévotes. (K.)