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sidérer que ce temple était bâti sur le penchant de la montagne Moria, et que par conséquent il ne pouvait avoir une grande profondeur. Il fallait monter plusieurs degrés pour arriver à la petite esplanade où fut bâti le sanctuaire, long de vingt coudées ; or un temple dans lequel il faut monter et descendre est un édifice barbare. Il était recommandable par sa sainteté, mais non par son architecture. Il n’était pas nécessaire pour les desseins de Dieu que la ville de Jérusalem fût la plus magnifique des villes, et son peuple le plus puissant des peuples ; il n’était pas nécessaire non plus que son temple surpassât celui des autres nations ; le plus beau des temples est celui où les hommages les plus purs lui sont offerts.

La plupart des commentateurs se sont donné la peine de dessiner cet édifice, chacun à sa manière. Il est à croire qu’aucun de ces dessinateurs n’a jamais bâti de maison. On conçoit pourtant que ces murailles qui portaient ces trois étages étant de pierre, on pouvait se défendre un jour ou deux dans cette petite retraite.

Cette espèce de forteresse d’un peuple privé des arts ne tint pas contre Nabusardan, l’un des capitaines du roi de Babylone, que nous nommons Nabuchodonosor.

Le second temple, bâti par Néhémie, fut moins grand et moins somptueux. Le livre d’Esdras nous apprend que les murs de ce nouveau temple n’avaient que trois rangs de pierre brute, et que le reste était de bois : c’était bien plutôt une grange qu’un temple. Mais celui qu’Hérode fit bâtir depuis fut une vraie forteresse. Il fut obligé, comme nous l’apprend Josèphe, de démolir le temple de Néhémie, qu’il appelle le temple d’Aggée. Hérode combla une partie du précipice au bas de la montagne Moria, pour faire une plate-forme appuyée d’un très-gros mur sur lequel le temple fut élevé. Près de cet édifice était la tour Antonia, qu’il fortifia encore, de sorte que ce temple était une vraie citadelle.

En effet les Juifs osèrent s’y défendre contre l’armée de Titus, jusqu’à ce qu’un soldat romain ayant jeté une solive enflammée dans l’intérieur de ce fort, tout prit feu à l’instant : ce qui prouve que les bâtiments, dans l’enceinte du temple, n’étaient que de bois du temps d’Hérode, ainsi que sous Néhémie et sous Salomon.

Ces bâtiments de sapin contredisent un peu cette grande magnificence dont parle l’exagérateur Josèphe. Il dit que Titus, étant entré dans le sanctuaire, l’admira, et avoua que sa richesse passait sa renommée. Il n’y a guère d’apparence qu’un empereur romain, au milieu du carnage, marchant sur des monceaux de morts, s’amusât à considérer avec admiration un édifice de vingt