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tres d’Égypte portaient en procession : mais quoique ce serpent fût fait pour guérir les morsures des serpents véritables, cependant on ne l’adorait pas. Salomon mit deux chérubins dans le temple ; mais on ne regardait pas ces chérubins comme des dieux. Si donc, dans le temple des Juifs et dans les nôtres, on a respecté des statues sans être idolâtres, pourquoi tant de reproches aux autres nations ? ou nous devons les absoudre, ou elles doivent nous accuser.

xxxi. — Des oracles.

Il est évident qu’on ne peut savoir l’avenir, parce qu’on ne peut savoir ce qui n’est pas ; mais il est clair aussi qu’on peut conjecturer un événement.

Vous voyez une armée nombreuse et disciplinée, conduite par un chef habile, s’avancer dans un lieu avantageux contre un capitaine imprudent, suivi de peu de troupes mal armées, mal postées, et dont vous savez que la moitié le trahit ; vous prédisez que ce capitaine sera battu.

Vous avez remarqué qu’un jeune homme et une fille s’aiment éperdument ; vous les avez observés sortant l’un et l’autre de la maison paternelle ; vous annoncez que dans peu cette fille sera enceinte : vous ne vous trompez guère. Toutes les prédictions se réduisent au calcul des probabilités. Il n’y a donc point de nation chez laquelle on n’ait fait des prédictions qui se sont en effet accomplies. La plus célèbre, la plus confirmée, est celle que fit ce traître, Flavien Josèphe, à Vespasien et Titus son fils, vainqueurs des Juifs. Il voyait Vespasien et Titus adorés des armées romaines dans l’Orient, et Néron détesté de tout l’empire. Il ose, pour gagner les bonnes grâces de Vespasien, lui prédire, au nom du dieu des Juifs[1], que lui et son fils seront empereurs : ils le furent en effet ; mais il est évident que Josèphe ne risquait rien. Si Vespasien succombe un jour en prétendant à l’empire, il n’est pas en état de punir Josèphe ; s’il est empereur, il le récompense ; et tant qu’il ne règne pas, il espère régner. Vespasien fait dire à ce Josèphe que, s’il est prophète, il devait avoir prédit la prise de Jotapat, qu’il avait en vain défendue contre l’armée romaine ; Josèphe répond qu’en effet il l’avait prédite : ce qui n’était pas bien surprenant. Quel commandant, en soutenant un siége dans

  1. Josèphe, liv. III, chap. xxviii. (Note de Voltaire.)