Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/93

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sein, la Déesse l’emporte dans les bois sacrés d’Idalie, où la suave marjolaine lui prodigue ses parfums, et l’environne d’un agréable ombrage.

Cependant, fier de son message, Cupidon poursuivait sa route, et conduit par Achate, portait en triomphe à Carthage les présens d’Ilion. Il arrive : déjà la reine, assise au milieu de sa cour sous un dais magnifique, foulait un carreau brillant d’or, et présidait aux honneurs du festin : déjà le fils d’Anchise, déjà ses guerriers magnanimes, sont placés autour d’elle, et reposent couchés sur la pourpre. Des esclaves attentifs épanchent une eau limpide sur les mains des convives, offrent pour les sécher de fins tissus de laine, et présentent les dons de Cérès dans de riches corbeilles. Cinquante femmes veillent dans l’intérieur aux apprêts du service, en dressent avec art la pompeuse ordonnance, et entretiennent les flammes dans les foyers ardens. Cent autres, et un nombre égal de serviteurs choisis, et dans la fleur de l’âge, chargent la table de mets délicieux, et la couronne de coupes écumantes. Invitée au banquet, l’élite des Tyriens ajoute par sa présence à l’éclat de cette fête, et s’y presse rangée sur des tapis éblouissans.

On admire les présens d’Énée ; on admire les charmes d’Iule, et sa feinte innocence, et ses traits où rayonne un dieu ; on admire et le manteau superbe, et le voile embelli d’une acanthe à feuilles d’or. Didon surtout, l’infortunée Didon, dévouée aux horreurs du sort qui l’attend, ne peut rassasier sa vue de ces images trop flatteuses. Plus son œil les