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paroles : « Je vous salue, mortel divin dont j’ai reçu le jour ! je vous salue, ô cendres que je retrouve en vain ! Mânes d’Anchise, ombre d’un père, recevez nos hommages ! Que ne m’est-il permis, hélas ! de voir avec vous l’empire du Latium, ces champs promis à mes destins, ce fleuve honneur de l’Ausonie, ce Tybre que je cherche et qui m’échappe toujours ! »

Il achevait à peine, lorsque du fond du mausolée sort, en rasant la terre, un serpent énorme, dont les vastes anneaux se recourbent sept fois en sept orbes immenses. Il embrasse doucement la tombe, et glisse mollement autour des autels. Sa robe est nuancée d’azur ; et son écaille, émaillée d’or, étincelle de mille feux. Tel, au sein des nuages, l’arc éclatant des cieux s’embellit des couleurs diverses qu’il emprunte du soleil. À ce prodige, Énée s’étonne : cependant le reptile circule en longs replis à travers les coupes saintes et les brillantes patères ; il effleure légèrement les mets, puis se replonge sans colère au fond du monument, et laisse les autels dont il a goûté les prémices. Ce dragon tutélaire, est-ce le dieu de ces bords ? est-ce le génie d’Anchise ? Énée, que flatte un augure favorable, redouble en l’honneur de son père l’appareil des sacrifices. Il immole, suivant l’ordre antique, cinq brebis grasses, cinq porcs, cinq jeunes taureaux noirs ; et tandis que ses mains épanchent un vin nouveau, sa voix invoque par trois fois l’âme du grand Anchise et ses Mânes sortis de l’Achéron. Chacun, à l’exemple du prince, apporte avec joie ses offrandes ; on en charge les autels, et le sang