Page:Virgile - Énéide, traduction Guerle, 1825, livres I-VI.djvu/293

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


venir, une haine implacable. Le sang des traîtres, voilà le tribut qu’attend ma cendre. Point de paix, point de trêve entre Pergame et vous. Sors de ma tombe, vengeur futur de mon trépas ! Prends le fer, prends la flamme, et poursuis jusqu’aux enfers les descendans de Dardanus. Que dès ce jour, dans tous les temps, partout, mon ombre mette aux prises Carthage et l’Italie ! Rivages contre rivages, mers contre mers, soldats contre soldats, luttons de fureurs et de rage ; et puissent nos derniers neveux se déchirer entre eux ! »

Tels étaient ses transports ; et dans le choc des tempêtes qui bouleversent son âme, elle ne songe plus qu’à s’affranchir sur l’heure d’une vie qu’elle déteste. Elle appelle donc Barcé, Barcé fidèle nourrice de Sychée ; car la sienne a mêlé ses cendres à celles de ses pères, dans son antique patrie. « Chère Barcé, cours vers ma sœur : dis-lui qu’elle se hâte ; qu’elle vienne, mais purifiée d’une eau vive, mais précédée des victimes choisies et des offrandes expiatoires : c’est ainsi qu’elle doit paraître. Toi-même, ceins ta tête du bandeau funèbre. L’enfer attend le sacrifice préparé pour le dieu des morts ; il faut qu’il s’accomplisse : je veux, enfin, mettre un terme à mes ennuis et livrer aux feux du bûcher l’effigie du parjure. » Elle dit ; Barcé, que rajeunit son zèle, accélère ses pas chancelans.

Mais Didon, frémissante, et livrée toute entière aux furies qui la possèdent ; Didon, roulant des yeux sanglans, les joues tremblantes et semées de taches livides, le front déjà couvert de la pâleur de la mort ;