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joyeux des nautoniers se mêlent au bruit confus des rames et des cordages ; on s’anime à l’envi, on brûle de fouler ces plaines que foulaient nos aïeux. Un vent propice enfle nos voiles ; il nous pousse au rivage ; nous touchons enfin les bords antiques des Curètes. Bientôt s’élève, au gré de mon impatience, la ville objet de nos désirs. Je la nomme Pergamée, nom cher aux enfans de Pergame ; je les exhorte à se complaire dans leur nouvel asyle, à la fortifier d’une citadelle. Déjà nos poupes inutiles reposaient sur l’arène ; déjà la jeunesse s’occupait et de culture et d’hyménées. J’établissais des lois, je partageais les héritages. Tout à coup, infectant les airs, un mal contagieux, horrible, frappe et les hommes, et les dons de Pomone, et les trésors de Cérès. Son poison a flétri la riante année. Ceux qu’il attaque perdent en soupirant la douce clarté des cieux, ou traînent dans la langueur une vie misérable. L’ardent Sirius embrase les guérets stériles ; l’herbe meurt, et l’épi malade refuse le grain nourricier. « Repassons les mers, dit Anchise, retournons à Délos consulter de nouveau l’oracle, apaiser Phébus irrité. Qu’il daigne nous apprendre quand finiront nos malheurs, quel remède il garde à nos maux, quel but il prescrit à nos courses ! »

La nuit régnait, et tout ce qui respire était plongé dans le sommeil. Les sacrés simulacres des dieux de la Phrygie, ces Pénates sauvés avec moi du milieu d’Ilion en flamme, s’offrent en songe à ma vue, tout resplendissans de lumière, et brillans des feux dont