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bandelettes et de noirs cyprès. À l’entour, les Troyennes en deuil se lamentent, les cheveux épars. Des coupes écumantes y répandent le lait fumant des libations et le sang des victimes. Son ombre, ainsi consolée, retrouve la paix du cercueil ; et nos voix gémissantes lui portent nos derniers adieux.

Enfin, dès qu’on peut se fier au liquide élément, qu’Éole cesse de mugir sur les flots aplanis, et qu’un souffle caressant nous promet des mers sans tourmentes, nos matelots se précipitent vers la côte, nos proues s’élancent du rivage, on cingle loin du port, et la terre et les villes disparaissent derrière nous.

Du sein des eaux qu’Égée rendit célèbres sort une île vénérée, chère à Neptune, chère à la mère des Néréides. Jadis flottante au gré des ondes, le dieu vainqueur de Python se plut à la fixer entre les hauteurs de Mycone et les rocs de Gyare. Maintenant immobile, elle renferme de nombreux habitans, et défie les tempêtes. C’est là que les vents nous amènent, et l’heureuse Délos reçoit dans sa baie tranquille nos vaisseaux fatigués. Descendus sur la plage, nous saluons les remparts d’Apollon. Anius y donnait des lois, Anius, monarque de ces bords et prêtre de Phébus. Il s’avance au-devant de nous, le front ceint du bandeau royal et du laurier sacré. Charmé de revoir dans Anchise un ancien ami, l’auguste vieillard nous présente une main hospitalière, et nous guide vers son palais. Introduit dans le temple, je m’incline sous ces voûtes, dont la vétusté même inspire un religieux respect. « Dieu que Thymbra révère, m’écriai-je, marque un refuge à nos tribus errantes, et mets