Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 9.djvu/35

Cette page a été validée par deux contributeurs.
[tombeau]
— 32 —

Fécamp, de Longpont, de Royaumont, d’Eu, des Célestins à Paris, de Poissy, renfermaient des sépultures splendides de princes et seigneurs, et quelques-uns de ces monuments nous sont restés. L’abbaye de Saint-Denis, fondée par Dagobert, fut particulièrement destinée à la sépulture des rois français, et reçut en effet les dépouilles de la plupart de ces princes, depuis le fondateur jusqu’à Louis XV. L’église ayant été rebâtie par Suger, il est à croire que les monuments anciens (si tant est qu’il y ait eu des mausolées élevés sur les tombes des princes) furent détruits ou fort endommagés. Quand, plus tard, vers le milieu du XIIIe siècle, on remplaça la plus grande partie des constructions du XIIe siècle, que l’on reconstruisit la nef, le transsept et tout le haut chœur, les derniers restes des tombeaux antérieurs à Louis IX furent dispersés ; si bien que pour ne pas laisser perdre la mémoire de ces vénérables sépultures, saint Louis résolut de rétablir tous ces tombeaux, à commencer par celui de Dagobert. Les ossements que l’on put retrouver dans les anciens cercueils furent replacés dans les nouvelles tombes. Parmi les tombeaux antérieurs à saint Louis, un seul fut conservé et replacé au milieu du chœur des religieux : c’était celui de Charles le Chauve, qui était de bronze, avec parties émaillées, et qui dut probablement à la solidité du métal de ne pas être détruit, comme les autres. Du tombeau de Dagobert il restait, sous le cloître de l’église de Suger, un fragment dont parle dom Doublet[1], et que M. Percier a dessiné en 1797. C’était une statue colossale, assise, couronnée, vêtue d’une tunique longue et d’un pallium. Nous reproduisons ici (fig. 7) le fragment conservé par le dessin de Percier, et qui ferait croire que ce monument n’était pas antérieur au commencement du XIIe siècle. Quoi qu’il en fût, nous n’avons pu trouver trace de cette figure, non plus que de celles des deux princes Clovis et Sigebert, qui faisaient partie du même monument. Saint Louis n’en éleva pas moins un nouveau tombeau au fondateur de l’abbaye, et le fit placer à l’entrée du sanctuaire, côté de l’épître[2]. Ce tombeau, qui date par conséquent du milieu du XIIIe siècle, est un des plus curieux monuments funéraires de cette époque. Il se compose (fig. 8) d’une grande niche surmontée d’un gâble ; au bas de la niche est déposé un sarcophage[3], dont le couvercle sert de lit à

  1. « À l’entrée de cette porte » (celle du transsept donnant au midi, dans le cloître des religieux), « entrant en iceux cloistres, à main droite, se voit l’effigie du très chrestien Roy Dagobert, d’une grandeur extraordinaire, assise en une chaire, la couronne sur la teste et une pomme en la main droite ; ayant à ses deux costez les effigies de ses deux enfans Clovis et Sigebert, de pierre de liais… » (Dom Doublet, Antiq. et recherches de l’abbaye de Sainct-Denis en France, liv. I, chap. XLIV.)
  2. Ce tombeau est aujourd’hui replacé en ce même endroit, après avoir été transporté au musée des monuments français, puis de là rendu à l’église, où les deux faces, séparées pour faire pendants, avaient été placées des deux côtés du narthex.
  3. Ce sarcophage était feint, car le corps du roi Dagobert avait été déposé sous le maître autel de l’église primitive ; peut-être était-il enfermé dans le cercueil dont nous