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[mâchicoulis]
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part de traces de mâchicoulis, bien qu’il y en eût déjà dans les provinces du centre et du midi, et que ces défenses fussent établies avec un grand luxe de précautions défensives : mais Carcassonne était alors entourée, de vastes forêts, et ses remparts avaient été élevés par des architectes du nord.

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Vers la même époque, en Bourgogne, où la pierre calcaire est abondante, belle et solide, nous voyons poindre les mâchicoulis. Il en existe déjà au sommet de la tour du château de Montbard ; mais ces mâchicoulis ne sont point continus, ils ne forment que des sortes d’échauguettes saillantes sur chacune des faces de cette tour, dont le plan, est un carré terminé par trois pans coupés. Ces mâchicoulis défendent donc les faces et non les angles. Nous en présentons en A (6) le plan ; en B, la face intérieure ; en C, la face extérieure ; en D, la coupe sur a b ; en E, la face latérale sur c d, et en F, la section, sur m n. Ces mâchicoulis sont couverts et présentent, à l’extérieur, l’aspect d’un merlon saillant porté sur des corbeaux, percé d’une meurtrière en forme de quatre-feuilles. Les jouées et la face de cette logette saillante sont construites au moyen de trois dalles de 0,20 c. d’épaisseur ; le chaperon est fait de deux pierres. Le trou du mâchicoulis est presque à la hauteur des ventrières des créneaux, de sorte qu’il fallait nécessairement soulever les projectiles que l’on voulait laisser tomber sur l’assaillant. Quant aux merlons posés entre ces mâchicoulis, ils sont couronnés de pinacles, percés de meurtrières dans les faces longues et armés de crochets en fer, ainsi que les jouées des mâchicoulis, destinés à suspendre des volets de bois. Une figure perspective (7) fera saisir l’ensemble de ce système de défense. Cette construction est faite de beaux matériaux que le temps n’a pas altérés. Les pinacles seuls ont été jetés bas ; nous ne les avons pu restaurer qu’au moyen de fragments.