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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/465

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[flèche]
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est d’un effet charmant, à cause de ces saillies, et surtout à cause de l’heureuse proportion de l’ensemble ; il date du XIVe siècle. Le beffroi est indépendant de la charpente de la flèche et repose seulement, comme celle-ci, sur les quatre piles du transsept.

On voit encore, sur la croisée de l’ancienne église abbatiale d’Eu, la souche d’une flèche, du XVe siècle, en charpente, dont la disposition originale mérite d’être signalée. C’était une pyramide passant du plan carré au plan octogone dans la hauteur du comble, de manière que l’inclinaison des faces se suivait, sans interruption, du faîtage de ces combles au sommet de la flèche. Ce système présentait une grande solidité.

Soit (23) AB deux des quatre points d’appui du transsept, des fermes inclinées ABC forment les faces d’une pyramide à base carrée. La projection des fermes des combles est donnée par le triangle ABD ; donc, les triangles ADC, BDC sont vus au-dessus de la pente de ces combles ; la contre-fiche AE passe dans le plan des deux arbalétriers AG, AF. Les poinçons IC passent dans le plan de la pyramide octogone. Au niveau du faîtage des combles est posée une enrayure sur plan octogone GFK, etc., embrévée dans les pièces principales inclinées AP, AG, AC, BC, etc. L’élévation X, prise sur la moitié de la flèche de B en I, fait voir la projection du comble en B′D′, la grande ferme inclinée en B′C′, inclinée suivant le plan B′O. Les contre-fiches AE du plan horizontal se voient en B′E′ et la première enrayure octogone en L, sur laquelle reposent les véritables arêtiers de la flèche. Ici, les angles de l’octogone ne correspondent pas aux faîtages des quatre combles et aux quatre noues, mais bien le milieu des faces de cet octogone. En N est tracée l’une des contre-fiches diagonales AE et la section EP faite au milieu d’une des quatre faces de la pyramide donnant sur les noues ; des lucarnes R sont ouvertes sur ces quatre faces. Une galerie S rompt l’aspect uniforme de la flèche et sert de guette. L’enrayure du sol de cette galerie est tracée en M. L’enrayure Q est tracée en Q′, les quatrième et cinquième enrayures étant combinées de la même façon. En V, un tracé perspectif indique la rencontre des pièces inclinées de la souche avec la première enrayure octogone L. Cette flèche a été dérasée au niveau Q ; mais un tableau du XVIIe siècle qui est déposé dans l’église d’Eu, présentant une vue fort bien faite des bâtiments de l’abbaye, nous donne le complément de la flèche et son système de décoration qui ne manquait pas d’élégance.

La fig. 24 reproduit l’aspect géométral de la flèche d’Eu, revêtue de sa plomberie et de sa couverture en ardoise, la plomberie n’étant appliquée qu’au couronnement supérieur de la pyramide, à la galerie, aux lucarnes et aux noues.

À Évreux, sur une tour centrale en maçonnerie qui surmonte la croisée de la cathédrale s’élève une flèche en charpente recouverte de plomb, fort dénaturée par des restaurations successives, mais qui présente cependant encore une assez bonne silhouette. Elle est complètement ajourée de la