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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/302

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[escalier]
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réunion, fête, cérémonie ou banquet, se tenait dans la grande salle ; il n’y avait pas utilité à établir pour les étages fréquentés par les familiers de larges degrés ; l’important était de disposer ces degrés à proximité des pièces auxquelles ils devaient donner accès. C’est ce qui explique la multiplicité et l’exiguïté des escaliers de châteaux jusqu’au XVe siècle. Cependant nous venons de dire qu’au Louvre, Charles V avait déjà fait construire un grand escalier à vis pour monter aux étages supérieurs du palais ; mais c’était là une exception ; aussi cet escalier passait-il pour une œuvre à nulle autre pareille. Sauval[1] nous a laissé une description assez étendue de cet escalier, elle mérite que nous la donnions en entier.

« Le grand escalier, ou plutôt la grande vis du Louvre (puisqu’en ce (temps-là le nom d’escalier n’était pas connu), cette grande vis, dis-je, fut faite du règne de Charles V, et conduite par Raimond du Temple, maçon ordinaire du roi[2]. Or, il faut savoir que les architectes des siècles passés ne faisoient point leurs escaliers ni droits, ni quarrés, ni à deux, ni à trois, ni à quatre banchées, comme n’ayant point encore été inventés[3], mais les tournoient toujours en rond, et proportionnoient du mieux qu’il leur étoit possible leur grandeur et leur petitesse à la petitesse et à la grandeur des maisons[4]. La grande vis de ce palais étoit toute de pierre de taille ainsi que le reste du bâtiment, et de même que les autres de ce temps-là : elle étoit terminée d’une autre (vis) fort petite, toute de pierre encore et de pareille figure, qui conduisoit à une terrasse, dont on l’avoit couronnée (dont on avait couronné la grande vis) ; chaque marche de la petite (vis) portoit trois pieds de long et un et demi de large ; et pour celles de la grande, elles avoient sept pieds de longueur sur un demi d’épaisseur, avec deux et demi de giron près de la coquille qui l’environnoit. »

« On voit, dans les registres de la Chambre des comptes, qu’elles portoient ensemble dix toises un demi-pied de hauteur[5], que la grande (vis) consistoit en quatre-vingt-trois marches[6], et la petite en quarante et une[7] ; elles furent faites à l’ordinaire de la pierre qu’on tira des car-

  1. Hist. et Antiq. de la ville de Paris, t. II, p. 23.
  2. Raymond du Temple était sergent d’armes et en même temps maître des œuvres du roi Charles V.
  3. Sauval est ici dans l’erreur, ces sortes d’escaliers étaient inventés dès l’époque romaine ; mais, il vrai dire, les architectes du moyen âge préféraient toujours l’escalier à vis, par les motifs déduits plus haut.
  4. Sauval rend en cela justice à nos vieux maîtres des œuvres qui faisaient les escaliers proportionnés aux services auxquels ils devaient satisfaire.
  5. C’est-à-dire que la dernière marche de l’escalier était à 10 toises ½ pied du sol de la cour, soit à 20 mètres, et devait ainsi desservir deux étages au-dessus du rez-de-chaussée, plus la terrasse.
  6. À ½ pied chacune, cela fait 41 pieds ½ ou 13m,30 environ.
  7. À ½ pied chacune, cela fait 20 pieds ½, soit 6m,60 environ. Ces mesures de détail sont d’accord avec la mesure générale et produisent environ 20 mètres.