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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/263

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[engin]
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les avait bientôt brisées. Au siège de Châteauroux, Philippe-Auguste, après avoir investi la ville, attache les mineurs au pied des remparts, détruit les merlons au moyen de pierrières, dresse un bélier devant la porte « toute doublée de fer », fait avancer des tours mobiles en face des défenses de l’ennemi, couvre les parapets d’une pluie de carreaux, de flèches et de balles de fronde[1]. L’effet du bélier était désastreux pour les remparts non terrassés ; on ouvrait des brèches assez promptement, au moyen de cet engin puissant, dans des murs épais, si les assiégés ne parvenaient pas à neutraliser son action répétée ; aussi les assiégeants mettaient-ils tout leur soin à bien protéger cette poutre mobile ainsi que les hommes qui la mettaient en mouvement. Pour offrir le moins de prise possible aux projectiles des assiégés, on donnait à la couverture du bélier beaucoup d’inclinaison ; on en faisait une sorte de grand toit aigu à deux pentes, avec une croupe vers l’extrémité postérieure, le tout recouvert de très-forts madriers renforcés de bandes de fer et revêtu, comme il est dit ci-dessus, de peaux de cheval ou de bœuf fraîches, enduites de terre grasse pétrie avec du gazon ou du fumier.

La fig. 31 montre la charpente de cet engin dépouillée de ses madriers et de ses pannes. Le bélier A, poutre de 10m,00 de long au moins, était suspendu à deux chaînes parallèles B attachées au sous-faîte, de manière à obtenir un équilibre parfait. Pour mettre en mouvement cette poutre et obtenir un choc puissant, des cordelles étaient attachées au tiers environ de sa longueur en C ; elles permettaient à huit, dix ou douze hommes, de se placer à droite et à gauche de l’engin ; ces hommes, très-régulièrement posés, manœuvraient ainsi : un pied D restait à la même place, le pied droit pour les hommes de la droite, le pied gauche pour ceux de la gauche. Le premier mouvement était celui figuré en E ; il consistait, la poutre étant dans sa position normale AH, à la tirer en arrière ; après quelques efforts mesurés, la poutre arrivait au niveau A′H′. Alors le second mouvement des servants était celui F. La poutre parcourait alors tout l’espace. Le troisième mouvement est indiqué en G. La tête H du bélier rencontrant la muraille comme obstacle, les servants continuaient la manœuvre avec les deux premiers mouvements, celui E et celui F. On comprend qu’une

    n’y puisse prendre, et devant celle maison a un grant tref, lequel a le bout couvert, de fer, et le lieve l’en à chayennes et à cordes, par quoy ceulz qui sont dedens la maison puent embatre le tref jusques aux murs, et le retrait-on en arrière quant on veult, en manière d’un mouton qui se recule quant il veut férir, et pour ce est-il appellez mouton… Assez d’autres manières sont pour grever ceuls de dehors, mais contre l’engin que on appelle mouton, on fait un autre que on appelle loup ; ceulx du chastel font un fer courbe, à très fors dens agus, et le lie-l’en à cordes, par quoy ilz prennent le tref, qui est appellé mouton ; adont, quant il est pris, ou ilz le trayent du tout amont, ou ilz le lient si hault que il ne peut plus nuire aux murs du chastel. » (Christ. de Pisan, le Liv. des fais et bonnes meurs du sage roy Charles, ch. XXXV et XXXVII.)

  1. Guill. le Breton, la Philippide, chant II.