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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/254

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du canon une entaille permettant l’introduction d’une boîte de fer ou de cuivre qui contenait la charge de poudre maintenue par un tampon de bois. Cette boîte était fixée de plusieurs manières ; elle était munie d’une anse afin de faciliter sa pose et son enlèvement après le tir. La balle était glissée dans l’âme du canon avant l’introduction de la boîte et refoulée avec une bourre de foin ou de gazon après cette introduction. Chaque bouche à feu possédait plusieurs boîtes qu’on remplissait de poudre d’avance afin de ne pas retarder le tir[1]. Chaque boîte était percée d’une lumière à laquelle on adaptait une fusée de tôle remplie de poudre que l’artilleur enflammait au moyen d’une baguette de fer rougie au feu d’un fourneau. Cette méthode avait quelques avantages : elle évitait l’échauffement de la pièce et les accidents qui en sont la conséquence ; elle permettait de préparer les charges à l’avance, car ces boîtes n’étaient que des gargousses encastrées dans la culasse, comme les cartouches des fusils Lefaucheux, sauf que le boulet devait être introduit avant la boîte et refoulé après le placement de celle-ci. Elle avait des inconvénients qu’il est facile de reconnaître : une partie considérable des gaz devait s’échapper à la jonction de la boîte avec l’âme, par conséquent la force de propulsion était perdue en partie : il fallait nettoyer souvent le fond de l’encastrement et la feuillure pour enlever la crasse qui s’opposait à la jonction parfaite de la boîte avec la pièce ; le point de réunion s’égueulait après un certain nombre de coups, et alors presque toute la charge s’échappait sans agir sur la balle.

Nous donnons (24) des tracés de ces canons à boîtes encastrées. En A est une pièce à encastrement avec joues ; la coupe transversale sur l’encastrement est indiquée en B ; la boîte C, portant son anse D et sa lumière E, est logée à la place qui lui est destinée ; deux clavettes G, passant dans deux trous des joues, serrent la boîte contre la paroi inférieure de l’encastrement. En H, nous donnons la coupe longitudinale de la boîte disposée pour le tir ; au moyen de la clavette K, on a repoussé l’orifice de la boîte dans la feuillure I pratiquée à l’entrée de l’âme ; les deux clavettes horizontales ont été enfoncées à coups de marteau. La boîte est pleine de poudre bourrée au moyen du tampon de bois T ; la balle est refoulée. En M, on voit la boîte déchargée avec son tampon et sa fusée de lumière O. En P, nous avons figuré un autre système d’encastrement sans joues, dans lequel la boîte était repoussée en feuillure de même, avec une clavette à la culasse, et était maintenue au moyen d’une seule barre longitudinale pivotant sur un boulon N ; une seule clavette R, passant

  1. Le nom de boîte que l’on donne aux pétards tirés dans les fêtes vient de là. Lors des réjouissances publiques, au lieu de charger, comme aujourd’hui, des pièces d’artillerie avec des gargousses de poudre sans balle, on se contentait de charger les boîtes des bouches à feu et de bourrer la poudre avec des tampons de bois enfoncés à coups de marteau. On trouvait encore, au commencement du siècle, dans la plupart de nos vieilles villes, de ces boîtes anciennes qui avaient été réservées pour cet usage.