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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/221

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[engin]
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Engins offensifs avant l’artillerie à feu. — Vitruve[1] parle de trois machines propres à l’attaque : les catapultes, les scorpions et les balistes. Les catapultes et les scorpions sont rangés par lui dans la même catégorie ; ces engins étaient destinés à projeter des dards d’une grande longueur et d’un poids assez considérable. Naturellement c’est la dimension du projectile qui donne celle de la machine. Le propulseur consistait en des ressorts de bois tendus au moyen de cordes et de treuils. Malheureusement Vitruve, qui relève scrupuleusement les dimensions relatives de chaque partie de ces machines, oublie de nous décrire leur structure ; de sorte qu’il est difficile de se faire une idée passablement exacte du système adopté. Perrault, dans sa traduction du texte latin, nous donne la représentation d’une catapulte[2] ; mais nous avouons ne pas être satisfait de son interprétation. Son propulseur ne pourrait avoir qu’une action très-faible et ferait plutôt basculer le trait qu’il ne l’enverrait suivant une ligne droite. Végèce[3] parle des balistes, des onagres, des scorpions, des arcs-balistes ; mais ses descriptions sont d’un laconisme tel que l’on ne peut en rien tirer de concluant ; nous savons seulement par lui que la baliste était tendue au moyen de cordes ou de nerfs, que le scorpion était une baliste de petite dimension, une sorte d’arbalète, « scorpiones dicebant, quas nunc manubalistas vocant ; » que l’onagre lançait des pierres et que la force des nerfs devait être calculée en raison du poids des projectiles ; mais il se garde bien de nous faire savoir si ces onagres sont des machines mises en mouvement par des contre-poids, des cordes tordues ou des ressorts. Les commentateurs de ces auteurs anciens sont d’autant plus prolixes que les textes sont plus laconiques ou plus obscurs ; mais ils ne nous donnent pas de solutions pratiques.

Si Végèce semble indiquer que la baliste soit une grande arbalète fixe propre à lancer des traits, Vitruve prétend que la baliste est destinée à lancer des pierres dont le poids varie de deux livres à deux cent cinquante livres ; il ne nous fait pas connaître si cet engin est mu par des contre-poids ou des ressorts. La baliste donnée par Perrault enverrait son projectile à dix pas, si même il ne tombait pas sur l’affût. Ammien Marcellin[4] est un peu moins obscur dans les descriptions qu’il nous a laissées des machines de guerre offensives employées de son temps, c’est-à-dire au IVe siècle. D’après cet auteur, la baliste est une sorte de grande arbalète dont le projectile (le javelot) est lancé par la force de réaction de plusieurs cordes à boyaux tordues. Le scorpion, que de son temps on appelait onagre, est positivement le caable du moyen âge, c’est-à-dire un engin composé d’un style dont le pied est tortillé entre des cordes tendues, comme la clef d’une scie, et dont la tête, munie d’une cuiller, reçoit un

  1. L.X, cap. XV et XVI.
  2. Pl. LXIV.
  3. De re militari, l. IV, cap. XXII.
  4. L. XXIII, cap. IV.