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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 5.djvu/208

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troncs d’arbre, que l’on est parvenu à vitrifier en mettant le feu au bois après avoir enveloppé le retranchement de fagots.

Enceinte.de.Peron.png

Nous donnons (2) une coupe de cette enceinte, dite de Péran (commune de Plédran). On a commencé par faire un vallum composé de morceaux de granit entremêlés de troncs d’arbres A ; à l’extérieur, on a revêtu ce vallum d’une couche d’argile B ; le tout a dû être enveloppé d’une quantité considérable de fagots auxquels on a mis le feu ; le granit s’est vitrifié, s’est agglutiné ; l’argile a fait un corps solide adhérent à cette vitrification ; un fossé et un petit épaulement en terre C défendent à l’extérieur cette singulière enceinte. Nous ne connaissons pas d’autre exemple de ce genre de retranchement en France ; on prétend qu’il en existe en Irlande et dans le nord de l’Écosse.

Dans les premiers temps du moyen âge, beaucoup de villes en France ne possédaient que des enceintes de bois. À l’époque des invasions des Normands, on en voyait un grand nombre de ce genre auxquelles, bien entendu, les barbares mettaient le feu. On fit donc en sorte de remplacer ces défenses fragiles par des murailles en maçonnerie ; mais la force de l’habitude et la facilité avec laquelle on pouvait se procurer du bois en grande quantité firent que, pendant longtemps, beaucoup de villes du Nord ne furent encloses que de palissades de bois terrassées ou non terrassées. Alors même que l’on éleva des murailles en maçonnerie aux XIe et XIIe siècles, le bois remplit encore un rôle très-important dans ces défenses, soit pour garnir leurs couronnements, soit pour faire des enceintes extérieures en dehors des fossés, devant les portes, les ponts et à l’extérieur des faubourgs.

Pendant les guerres du XVe siècle, il est souvent question de bourgades défendues simplement par des enceintes de palissades. « Et puis vindrent à Perrepont (Pierrepont), dit Pierre de Fenin[1], et prindrent la ville, qui estoit close de palais et de fossés. » Froissard[2] parle aussi de plu-

  1. Mémoires. Collect. Michaud, Poujoulat. T. II, p. 614 (1422).
  2. L. II. Les villes de Gravelines, de Saint-Venant en Flandre, de Berghes, de Bourbourch, sont signalées par cet auteur comme n’étant fermées que de palis et de fossés.