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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/80

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pour l’époque. Pendant le cours du XIIe siècle, cette tradition se conserve dans les contrées où l’influence normande prédomine ; le donjon, la salle fortifiée prend une valeur relative que nous ne lui trouvons pas au même degré sur le territoire français ; le donjon est mieux isolé des défenses secondaires dans le château normand des XIe et XIIe siècles que dans le château d’origine française ; il est plus élevé, présente une masse plus imposante ; c’est un poste autour duquel est tracé un camp fortifié plutôt qu’un château. Cette disposition est apparente non-seulement en Normandie et en Angleterre, comme au Pin (Calvados), à Saint-Laurent-sur-Mer, à Nogent-le-Rotrou, à Domfront, à Falaise, à Chamboy (Orne), à Newcastle, à Rochester et à Douvres (Angleterre), mais sur les côtes de l’Ouest, dans l’Anjou, le Poitou et le Maine, c’est-à-dire dans toutes les contrées où pénètre l’influence normande ; nous la retrouvons, accompagnée du fossé normand dont le caractère est si nettement tranché, à Pouzanges (Vendée), à Blanzac, à Broue, à Pons (Charente-Inférieure), à Chauvigny près Poitiers, et jusqu’à Montrichard, à Beaugency-sur-Loire et à Loches (voy. Donjon). Les défenses extérieures qui accompagnent ces gros donjons rectangulaires, ou ne présentent que des terrassements sans traces de constructions importantes, ou si elles sont élevées en maçonnerie, sont toutes postérieures d’un siècle au moins à l’établissement de ces donjons, ce qui indique assez clairement que les enceintes primitives des XIe et XIIe siècles avaient peu d’importance et qu’elles durent être remplacées lorsqu’au XIIIe siècle ce système défensif des châteaux fut modifié, et qu’on eut reconnu la nécessité d’élargir et de renforcer les ouvrages extérieurs.

Nous donnons (6) le plan du château de Chauvigny, dont le donjon remonte au XIe siècle, et la plus grande partie des défenses extérieures au XIVe ; — et (7) le plan du château de Falaise, dont le donjon carré A du XIe siècle présente seul un logement fortement défendu. Quant aux autres défenses de ce château, elles ne prennent quelque valeur que par la disposition des escarpements du plateau, et elles en suivent toutes les sinuosités. Le donjon cylindrique B et les défenses de gauche datent de l’invasion anglaise, c’est-à-dire des XIVe et XVe siècles. Le château de Falaise, au XIIe siècle, ne consistait réellement qu’en un gros donjon avec une enceinte renfermant des bâtiments secondaires, construits probablement de la façon la plus simple, puisqu’il n’en reste plus trace, et destinés au logement de la garnison, aux magasins, écuries et autres dépendances. Le nom d’aula peut donc être donné à ce château, puisque, par le fait, la seule partie importante, le poste seigneurial, n’est qu’une salle fortifiée. Les châteaux que Guillaume le Conquérant fit élever dans les villes d’Angleterre pour tenir les populations urbaines en respect n’étaient que, des donjons rectangulaires, bien munis et entourés de quelques ouvrages en terre, de palissades, ou d’enceintes extérieures qui n’étaient pas d’une grande force. Cela explique la rapidité avec laquelle se construisaient ces postes militaires et leur nombre prodigieux ; mais cela explique aussi