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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/397

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[clocher]
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maîtres à donner aux constructions de brique des formes différentes de celles élevées en pierre ; c’est ce qui eut lieu à Toulouse. L’église des Jacobins, de cette ville, bâtie vers la fin du XIIIe siècle, se compose d’un seul vaisseau divisé en deux nefs par une rangée de longues colonnes posées sur l’axe de ce vaisseau. Des chapelles rayonnent autour de l’abside unique (voy. Architecture Monastique, fig. 24 bis). Sur le flanc nord de l’église, en avant des travées rayonnantes, s’élève un grand clocher sur une base épaisse et ne communiquant avec la nef que par une arcade.

Ce clocher, dont nous donnons une vue perspective (76), est bâti sur plan octogonal de la base au faîte ; toute sa construction est de brique, sauf les bandeaux, les gargouilles, les chapiteaux et les pinacles, qui sont en pierre, et les colonnettes de la balustrade supérieure qui sont en marbre. Le rez-de-chaussée seul est voûté. Du dessus de cette voûte, élevée de 24m,75 au-dessus du pavé de l’église, la construction est d’une seule venue, sans voûtes ni planchers. Chaque étage se retraite de 0,08 c. à l’intérieur.

Nous donnons (77) le quart du plan de l’étage supérieur. Si ce n’est cette retraite qui diminue le diamètre de la tour à chaque étage, ceux-ci sont tous semblables comme hauteur et comme ordonnance ; le premier étage seul, compris entre le dessus de la voûte et la corniche du vaisseau, est plus élevé que les autres et présente sur chaque face de l’octogone des arcades jumelles aveugles. Les quatre autres étages, semblables entre eux, sont ajourés d’arcatures fermées, non point par des archivoltes, mais par des imbrications formant des angles droits au sommet.

Le détail du dernier étage de la tour (78) fera saisir cette construction singulière, parfaitement motivée par la nature des matériaux mis en œuvre. Il est évident que l’architecte a employé un seul échantillon de brique et n’a pas voulu faire mouler des claveaux, ce qu’il eût été forcé d’ordonner s’il eût fermé les arcatures par de petites archivoltes cintrées. Cependant les colonnes engagées des piles sont cylindriques et ont été moulées exprès ; mais il est beaucoup plus aisé de donner une forme particulière à la brique, avant la cuisson, sur sa tranche que sur son plat. Seules, les briques des arcs de la balustrade supérieure sont moulées en claveaux. Il est clair aussi que la pierre, étant fort rare, n’a été employée qu’exceptionnellement dans cette bâtisse et pour l’exécution des membres d’architecture qui ne pouvaient être faits d’une autre matière. Dans la fig. 78, les assises de pierre sont indiquées. Un escalier à vis accolé au clocher monte jusqu’à la hauteur de la corniche de l’église ; de là, au sommet de la tour, on montait par des échelles. Le clocher des Jacobins de Toulouse n’a jamais dû être couronné par une flèche ; cependant, nous trouvons des clochers analogues à Toulouse, à Caussade, à Montauban, qui sont terminés par des pyramides aiguës, à huit pans, en brique ; mais cette dernière disposition est d’une époque plus récente.

Les clochers de la Haute-Garonne sont, en France, une exception qui