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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/343

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[clocher]
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du porche perpendiculaire à la façade[1] ; en A est la porte de la nef. Un troisième étage B est amorcé, mais n’a pas été achevé ou a été détruit. Nous en sommes donc ici, comme à Saint-Benoît, réduits aux conjectures relativement au couronnement de ce clocher. Il est certain qu’un troisième étage, percé de baies jumelles sur chacune des faces, était interposé entre la flèche et le second étage, et qu’en ajoutant la hauteur probable de l’étage supérieur et de la flèche aux parties existantes, on obtiendrait, du pavé au sommet de la pyramide, une hauteur de soixante mètres environ. Le faîtage du comble de la nef de l’église étant en D, il est vraisemblable que les cloches devaient être placées dans l’étage C, d’autant qu’il existe une lunette dans la voûte du premier étage destinée au passage des cordes nécessaires pour les mettre en branle ; dans ce cas, le troisième étage B ne servait que de guette. Le clocher de l’église de Lesterps a, comparativement à la nef avec bas-côtés qu’il précède, une importance énorme ; il est à lui seul tout un monument, un donjon élevé dans le but d’imposer par sa masse et de découvrir la campagne au loin. L’escalier adossé à l’angle nord-est ne monte cependant qu’au premier étage, et nous ne savons comment les constructeurs entendaient parvenir aux étages supérieurs. Il est difficile de savoir aujourd’hui à quoi pouvait être utilisée la belle salle du premier ; elle s’ouvre sur une tribune E donnant dans la nef. Cette construction est fort belle, bien pondérée ; les porte-à-faux sont évités avec soin, bien que les étages soient en retraite les uns sur les autres, ainsi que le démontre la coupe (fig. 44). L’influence des deux écoles du Périgord se fait sentir encore dans cette bâtisse colossale, admirablement traitée. Pour compléter le clocher du porche de l’église de Lesterps, il faut aller chercher des exemples dans des monuments analogues et soumis aux mêmes influences. Or, nous avons donné le clocher posé sur la nef de l’église haute de Loches (ancienne collégiale) ; son couronnement (fig. 27) peut servir à compléter le clocher de Lesterps.

Si les clochers-porches des églises de l’Île de France ont pu être employés à la défense, il ne paraît pas qu’ils aient jamais eu, comme surface et hauteur, une importance égale à ceux des provinces de l’ouest et du centre. Les nefs des églises de l’Île de France et des provinces voisines étaient assez étroites généralement, et les clochers-porches ne débordaient pas sur les bas-côtés. La base du vieux clocher de l’église abbatiale de Saint-Germain-des-Prés à Paris, celle du clocher de la collégiale de Poissy, n’occupent guère qu’une superficie en carré, de cinq à huit mètres de côté. Mais c’est que, pendant la période carlovingienne, les provinces de l’ouest et celles qui bordaient la Loire étaient beaucoup plus riches que les provinces voisines de la Seine, de l’Oise et de la Marne ; elles faisaient un commerce très étendu ; elles étaient industrieuses, possédaient le territoire le plus fertile. Ce n’est guère qu’à la fin du

  1. Ce monument a été relevé par M. Abadie, architecte ; c’est à lui que nous devons les dessins reproduits ici.