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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/319

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[clocher]
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clocher mérite de fixer l’attention des architectes. Il se compose, à la base de la flèche, de quatre pignons et de quatre amortissements aux angles, de l’effet le plus pittoresque. Les petites plates-formes qui terminent les quatre amortissements triangulaires étaient probablement destinées à recevoir les figures des quatre évangélistes, de quatre anges sonnant de l’olifant, ou des quatre Vents, conformément à un usage assez généralement établi en Bourgogne et en Champagne. Des gargouilles simplement épannelées reçoivent les eaux de la flèche entre les pignons et les amortissements. Notre figure démontre assez que ce clocher porte de fond sur les deux murs latéraux de la nef dépourvue de transsepts et sur deux arcs doubleaux. Mais si ces clochers carrés centrals ont une origine carlovingienne, il faut reconnaître que, dans les provinces mêmes où ils avaient pris naissance, le type primitif fut bientôt modifié, car presque tous les clochers centrals des bords du Rhin, des XIe et XIIe siècles, sont bâtis sur plan octogonal, ainsi que nous l’avons dit plus haut. On ne peut cependant méconnaître cette influence, sinon dans l’ensemble du plan, du moins dans les détails. Les amortissements des angles, la disposition des baies, les décorations des bandeaux et des chapiteaux des clochers de la haute Marne et de la haute Saône sont évidemment empruntés au style carlovingien primitif. Seulement, les constructeurs de ces dernières provinces, moins habiles et moins savants que ceux du Rhin, n’osaient probablement pas planter un octogone sur quatre piles. Si l’architecte qui a bâti l’église de Germigny-des-Prés a cru de bonne foi copier la construction de l’église d’Aix-la-Chapelle, on peut bien admettre que l’architecte du clocher d’Isômes s’est inspiré des constructions rhénanes ; seulement, il n’a osé adopter le plan octogone que pour la flèche. Il nous faut étudier quelques-uns des clochers centrals des provinces rhénanes pour faire reconnaître l’influence qu’ils ont dû exercer sur les constructions des provinces françaises de l’Est.

Il existe, sur la croisée de l’église de Guebviller, un clocher central octogone dès sa base dont les quatre faces parallèles aux diagonales du carré sont portées sur des trompillons. La construction de ce clocher remonte à la fin du XIe siècle ; elle est légère eu égard à sa hauteur.

Voici (25) en C le plan, en D l’élévation et en E la coupe sur A B de ce clocher. La nature des matériaux employés (grès rouge des Vosges) a pu permettre au constructeur de donner aux murs de l’octogone une épaisseur assez faible (0,80 c.) ; encore, les pierres de ces murs ne font pas parpaing ; on remarquera que l’étage inférieur est construit en moellons à l’intérieur et parementé en pierre à l’extérieur. Les angles du prisme sont chargés de huit pinacles en pierre à la base de la flèche, et les quatre amortissements qui couvrent les trompillons à la base reçoivent sur leur pente quatre petites statues que nous pensons être les quatre Vents ou peut-être les quatre Saisons.

La curieuse église de Sainte-Foi à Schelestadt possède également un clocher central s’élevant sur la croisée, qui mérite d’être mentionné. Comme celui de Guebviller, le clocher de Sainte-Foi est octogone portant