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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/315

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de l’époque de transition et gothique au mot Église, auquel nous renvoyons nos lecteurs.

La Normandie fut, de toutes les provinces françaises, celle qui persista le plus longtemps à élever des clochers gigantesques sur la croisée de ses églises. Les cathédrales de Bayeux, de Coutances, de Rouen, les églises de la Trinité de Caen, de Saint-Ouen de Rouen, possèdent encore des clochers centrals en pierre qui datent des XIIe, XIIIe, XIVe, XVe et XVIe siècles. Tandis que dans l’Île de France, la Picardie et la Champagne, on renonça, dès la fin du XIIIe siècle, à surmonter les croisées des églises par des clochers de pierre. La cathédrale de Paris ne posséda jamais qu’une flèche en bois, à l’intersection des transsepts, qui datait du commencement du XIIIe siècle ; les cathédrales d’Amiens et de Beauvais furent surmontées de clochers centrals en pierre et bois ; mais ces constructions s’étant écroulées ou ayant été détruites par le feu, ne furent remplacées que par des flèches en charpente recouvertes de plomb. Les provinces de l’est, pendant la période romane, élevèrent, sur un grand nombre de leurs églises, des clochers centrals en pierre ; ceux-ci sont carrés sur la Haute-Saône, la Haute-Marne, le Rhône supérieur, et octogones, vers la fin du XIe siècle, en se rapprochant du Rhin.

Il paraîtrait que l’usage des clochers posés au centre de la croisée des églises était fort anciennement adopté dans les contrées qui subirent particulièrement l’influence carlovingienne ou de la renaissance des arts du Bas-Empire. On conçoit, en effet, qu’il était difficile de poser une tour sur la croisée d’une basilique latine ; le peu d’épaisseur des murs de ces monuments, la largeur des nefs et la faiblesse des points d’appui du vaisseau principal, ne permettait guère de charger des constructions aussi légères de maçonneries s’élevant à une assez grande hauteur. Mais quand Charlemagne eut fait construire des édifices sacrés qui, comme l’église d’Aix-la-Chapelle, sont bâtis sur un plan circulaire ou à pans, épaulé par des niches à l’instar de certains édifices orientaux des premiers temps chrétiens, la résistance de ces constructions, parfaitement contrebuttées sur tous les points, leur forme même, appela nécessairement un couronnement central élevé.

Nous possédons, sur les bords de la Loire, à Germigny-des-Prés, près de Sully, une petite église qui est du plus grand intérêt, car sa date et son histoire sont connues. « Le moine Letalde, écrivain du Xe siècle, rapporte, dit M. Mérimée[1], que Théodulphe, d’abord abbé de Saint-Benoît-sur-Loire, puis évêque d’Orléans, fit bâtir l’église de Germigny-des-Prés à l’imitation de celle d’Aix-la-Chapelle. » Il faut avouer que l’imitation est fort libre, car ce qui existe du plan de Théodulphe, c’est-à-dire la partie principale de l’édifice, donne quatre piliers carrés entourés d’un bas-côté avec trois absidioles, une à l’orient et deux au sud et au nord. Ce plan

  1. Voy. l’article du savant académicien, dans la Revue de l’Architecture, t. VIII, p. 113, sur l’église de Germigny-des-Prés, et les planches de M. Constant Dufeux, architecte.