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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/135

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[chateau]
— 132 —

« Onkes tels ne fut contrefaiz
« Trop par fut fors et bien assiz[1].
« .    .    .    .    .    .    .    .    .
« Sor la roche ki fut pandans,
« Grant fut et large par dedans,
« Trop i ot riche herberjaige[2] ;
« En la tor (le donjon) ot moult riche estaige,
« Bien fut herbergiez tot entor[3]
« Li pallais sist prest de la tor[4]
« Qui moult fut haus et bons et leis (larges)
« Li estauble (écuries) furent deleis,
« Greniers et chambres et cuisines ;
« Moult i ot riches officines.
« Moult fut la salle grans et large[5] :
« Maint fort escut et mainte targe
« Et mainte lance et maint espiet (épieu)
« Et bon cheval et bon apiet
« Dont li fer sont bon et tranchant,
« Et maint cor bandeit d’argent
« Avoit pandut por lo pallais[6].
« .    .    .    .    .    .    .    .    .
« Vers l’estanc furent les fenestres,
« Lai fut li sires apoieis ;
« Ne sai c’il estoit annuiés,
« Mais, en pansant, l’aigue esgardoit (regardait l’eau),
« An esgardant, les cignes voit
« Qui estoient et bel et gent.
« Dont comandoit tote sa gent
« Que moult doucement les véissent ;
« .    .    .    .    .    .    .    .    .    . »

Les fenêtres des appartements donnent sur l’étang dont les eaux enveloppent le château ; le seigneur, qui s’ennuie (le poëte penche à le croire

  1. Lorsque l’assiette d’un château avait été choisie sur le sommet d’un escarpement, on taillait souvent le rocher qui devait lui servir de base de manière à rendre les escarpements plus formidables ; souvent même on creusait les fossés à même le rocher, comme à Château-Gaillard, à la Roche-Guyon, et on réservait, à l’extérieur, une défense prise aux dépens du roc. Ces travaux sont ordinaires autour des châteaux assis sur du tuf, de la craie ou des calcaires tendres.
  2. Il s’y trouvait de nombreux logements.
  3. Des logements étaient encore disposés autour du donjon.
  4. Li palais, c’est la demeure du seigneur, distincte des herberjaiges, qui paraissent destinés au casernement de la garnison.
  5. Voici la grand’salle, cette dépendance indispensable de tout château.
  6. Dans les salles étaient suspendues les armes, les écus, les cors ; c’était la principale décoration des intérieurs ; et dans un grand nombre de châteaux, on voit encore la place des tablettes, des crochets de fer qui servaient à porter des panoplies d’armes et d’ustensiles de guerre et de chasse.