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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 3.djvu/109

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bâtiments n’étaient que des appentis en bois séparés les uns des autres, ayant plutôt l’apparence d’un cantonnement que d’une résidence fixe. La chapelle, les réfectoires, cuisines, magasins et écuries étaient placés dans l’intérieur de l’enceinte et ne se reliaient en aucune façon aux fortifications. Nous avons vu que, dans le plan du château de Montargis (fig. 15), déjà les bâtiments de service sont attenants aux murailles, qu’ils sont bâtis dans un certain ordre et que ce sont des logis fixes. Il semblerait qu’au XIIIe siècle les habitudes des seigneurs et de leurs gens, plus civilisés, demandaient des dispositions moins barbares que celles acceptées jusqu’alors. Nous voyons combien les logis fixes ont peu d’importance encore dans le château Gaillard, résidence souveraine élevée à la fin du XIIe siècle. On a peine à comprendre comment une garnison de quelques centaines d’hommes pouvait vivre dans cet étroit espace, presque exclusivement occupé par les défenses. Les soldats devaient coucher pêle-mêle dans les tours et sous quelques appentis adossés aux murailles.

En Angleterre, où les documents écrits abondent sur les habitations seigneuriales anciennes, on trouve les preuves de cette révolution apportée par le XIIIe siècle. À cette époque, les résidences royales fortifiées reçoivent de nombreuses adjonctions en bâtiments élevés avec un certain luxe, les châteaux des barons prennent un caractère plus domestique ; souvent même le donjon, ainsi que le dit M. Parker dans son Architecture domestique[1], fut abandonné pour une salle et des chambres construites dans l’enceinte intérieure. C’est à cause de ce changement que, dans presque toutes les descriptions de châteaux bâtis du temps de Henri III et d’Edward Ier, les grandes tours ou donjons sont représentés comme étant dans un état délabré et généralement sans couvertures. Ils avaient été abandonnés, comme habitation, à cause de leur peu de commodité, bien que par la force de leur construction ils pussent encore, moyennant quelques réparations, être employés en temps de guerre. Les ordres de restaurations aux « maisons royales » dans divers châteaux sont très-nombreux pendant le XIIIe siècle. Ces ordres ne s’appliquent pas aux châteaux d’Edward (Edwardian castles), édifices généralement bâtis par Edward Ier, et dans lesquels de nombreux appartements destinés à différents usages étaient disposés suivant un plan général, mais bien aux châteaux de date normande, qui dès lors prirent un caractère d’habitation par des constructions plus récentes. Les ordres donnés par Henri III pour les réparations et additions aux manoirs royaux prouvent qu’aucun plan systématique n’était adopté lorsqu’il s’agissait de ces adjonctions. Lorsqu’une grande surface de terrain était entourée d’une clôture fortifiée et formait ce que l’on appelait une cour (curia), dans laquelle le logis primitif était insuffisant, il devint assez ordinaire, au XIIIe siècle, d’augmenter ce logement, selon les besoins, en élevant successivement de

  1. Some account of Domest. Archit. in Eng. from the conq. to the end of the thirteenth century. Ch. III.