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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/519

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ladite pièce de cuir tout le sommet du heaulme, et sera couverte ladite pièce du lambequin, armoyé des armes de cellui qui le portera. Et sur ledit lambequin, au plus hault du sommet, sera assis ledit tymbre, et autour d’icellui aura ung tortis des couleurs que vouldra ledit tournoyeur, du gros du bras ou plus ou moins à son plaisir[1]. » Nous l’avons dit déjà au commencement de cet article, les chevaliers et princes qui se présentaient dans la lice pour jouter adoptaient des armes de fantaisie et ne paraissaient avec leurs armes héréditaires qu’exceptionnellement. On prenait trop au sérieux les armoiries de famille pour les livrer aux hasards de combats qui n’étaient qu’un jeu. Il est curieux de lire à ce sujet le passage des Mémoires d’Olivier de la Marche, fort expert en ces matières. D’autre part, dit-il[2], se présenta Michau de Certaines sur un cheval couvert de ses armes : dont plusieurs gens s’émerveillèrent ; et sembloit à plusieurs, que considéré que les armes d’un noble homme sont et doyvent estre l’émail et la noble marque de son ancienne noblesse, que nullement ne se doit mettre en danger d’estre trébuchée, renversée, abatue, ne foulée si bas qu’à terre, tant que le noble homme le peut détourner ou deffendre : car d’aventurer la riche monstre de ses armes, l’homme aventure plus que son honneur, pour ce que d’aventurer son honneur n’est despense que le sien, et ce où chacun a pouvoir ; mais d’aventurer ses armes, c’est mis en avanture la parure de ses parens et de son lignage, et avanturé à petit prix ce où il ne peut avoir que la quantité de sa part ; et en celle manière est mis à la mercy d’un cheval et d’une beste irraisonnable (qui peut estre portée à terre par une dure atteinte, ou choper à par soy ou mémarcher) ; ce que le plus preux et plus seur homme du monde ressongue bien, et doute de porter sur son dos en tel cas… »

La veille du tournoi les tournoyeurs étaient invités à faire déposer leurs armes, heaumes, timbres et bannières à l’hôtel des juges diseurs. Ces armes, déposées sous les portiques de la cour, étaient examinées par les juges pour en faire le département. « Item, et quant tous les heaulmes seront ainsi mis et ordonnez pour les départir, viendront toutes les dames et damoiselles et tous seigneurs, chevaliers et escuiers, en les visitant d’ung bout à autre, là présens les juges qui maineront troys ou quatre tours les dames pour bien veoir et visiter les timbres et y aura ung hérault ou poursuivant qui dira aux dames, selon l’endroit où elles seront, le nom de ceulx à qui sont les timbres, ad ce que s’il y en a nul qui ait des dames mesdit, et elles touchent son timbre, qu’il soit le lendemain pour recommandé. Touteffoiz nul ne doibt estre batu audit tournoy, se non par l’advis et ordonnance des juges, et le cas bien desbatu et attaint au vray, estre trouvé tel qu’il mérite pugnicion ; et lors en ce cas doibt estre si bien batu le mesdisant, et que ses épaules s’en sentent très-

  1. Traicté le la forme et devis d’ung tournoy. Les mants du livre des tournois par le roi Réné. Bib. imp. (Voir celui n°8351).
  2. Liv. I, char. XXI.