Ouvrir le menu principal

Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/486

Cette page a été validée par deux contributeurs.
[arm]
— 467 —

bles par destination, suivant le langage moderne, les objets mobiliers sortant de notre sujet. Dans les plus anciennes abbayes, à côté du cloître, était ménagé un cabinet ou un simple enfoncement dans la muraille, appelé Armarium, Armariolus, dans lequel les religieux renfermaient pendant le travail aux champs les livres dont ils se servaient journellement. À côté des autels une armoire était réservée autrefois, soit pour conserver sous clefs le saint sacrement, soit pour renfermer les objets nécessaires au service de la messe ou les trésors[1]. Dom Doublet, dans ses Antiquités de l’abbaye de Saint-Denis, dit qu’auprès de l’autel des saints martyrs « il y a plusieurs choses précieuses et saintes. Premièrement au costé droit en une armoire est gardé l’un des précieux clouds, etc… Au costé senestre de l’autel en une grande armoire est le sacré chef de Saint Denis l’Aréopagiste, apostre de France, etc. » Dans le Traité de l’exposition du saint sacrement, de J. B. Thiers, on lit ce message : « Avant que les tabernacles fussent devenus aussi communs qu’ils le sont présentement parmi nous, en la plupart des églises, l’eucharistie était renfermée dans des armoires à coté des autels, dans des piliers, ou derrière les autels. Il se trouve encore aujourd’hui quantité de ces armoires dont on se sert en bien des lieux pour conserver les saintes huiles, ainsi que l’ordonne le concile provincial d’Aquilée en 1596[2]. J. Baptiste de Constance, archevêque de Cozance en Calabre, qui vivait sur la fin du dernier siècle (XVIIe), témoigne que de son temps il n’y en avait plus aucune dans les églises de son archevêché : La coutume, dit-il[3], qu’on avoit de conserver le très saint sacrement dans des armoires bâties dans la muraille à coté de l’autel, est déjà perdue partout ce diocèse, encore qu’elles fussent ornées par le dehors d’images et peinture d’or et d’azur, selon l’ancien usage non plus approuvé par la sainte Église, ains d’icelle saintement retranché par plusieurs raisons[4]. » Nous donnons ici (1) une armoire de ce genre ménagée dans les arcatures des soubassement des chapelles du chœur de l’église abbatiale de Vézelay (commencement du XIIIe siècle). Les ventaux de ces armoires,

  1. Armariolum, tabernaculum in quo Christi corpus asservatur. Statuta ecclesiae Leodensis ann. 1287, apud Martenium, tom. 4, Anecdotorum col. 841: Corpus Domini in honesto loco sub altari vel in armariolo sub clave sollicite custodiatur.
    Armariolus, parvum armarium. Bern. Ordo Cluniac., part. I, cap. 25: Factus est quidam armariolus ante faciem majoris altaris... in quo nihil aliud reconditur praeter illa ustensilia, quae necessaria sunt ad solemnia dumtaxat, in conventu agendarum, id est, duo calices aurei, etc.
    (Du Cange)
  2. Rubric. 16; In dictis fenestellis bene munitis serventur olea sacra in vasculis argenteis sub sera firma, et clavi.
  3. Traduct. franç. de ses Avertissements aux recteurs, curés prêtres et vicaires. Bordeaux, 1613; Lyon, 1644.
  4. Traité de l’exposition du saint sacrement, par J. B. Thiers, Dr en théol., t. Ier, p. 38 et 39. Avignon, 1777.