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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/420

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sa bravoure, reprendre ses châteaux. Grande fut aussi la surprise des capitaines anglais quand, à quelques années d’intervalle, ils se trouvèrent assaillis non plus seulement par une brillante chevalerie, mais par des troupes intrépides, disciplinées pendant le combat, obéissant aveuglément à la voix de leur chef, ayant foi en son courage et en son étoile, se battant avec sang-froid et possédant la ténacité, la patience et l’expérience de vieux soldats[1].

  1. Nulle place forte ne résistait à du Guesclin ; il savait entraîner ses soldats, et prenait presque toutes les villes et châteaux en brusquant les attaques. Il avait compris que les fortifications de son temps ne pouvaient résister à une attaque conduite sans hésitations, avec vigueur et promptitude. Il donnait l’assaut en jetant un grand nombre de soldats braves et bien armés, munis de fascines et d’échelles, sur un point, les faisait appuyer par de nombreux arbalétriers et archers couverts, et formant une colonne d’attaque d’hommes dévoués, il perdait peu de monde en agissant avec vigueur et promptitude. Au siége de Gingamp :

    « Des arbres et de boiz et de buissons ramez
    Ont les fiers assaillants rempliz les grans fossez ;
    En.II. lieux ou en plus est de merrien rasez.
    À la porte est venus Bertran li alosez,
    Et crioit hault : « Guesclin ! or tost lassus montez !
    Il convient que je soie là-dedens ostelez. »
    Eschielles ont drécies comme fiers et osez ;
    Là véissez monter celle gens bacelez
    Et porter sur leur chief grans huis, qui sont bendez,
    Fenestres et escus qui estoient nervez,
    Pour la doubte des pierres qui giétent à tous lez
    Cilz qui furent dedens furent espoantez :
    Aux crénaux ne s’osoient amonstrer, ce créez,
    Pour le trait qui venoit, qui doit estre doubtez
    Li chastelains estoit en on donjon montez,
    Et regarde assaillir ces bourjois alosez,
    Qui d’assaillir estoient tellement eschaufez
    Qu’il ne doubtent la mort la monte de .II. dez. »

    (Chronique de Bertrand du Guesclin, vers 3149 et suiv.)

    Du Guesclin n’employait pas ces tours mobiles, ces moyens lents, dispendieux et difficiles d’attaque ; il ne se servait guère que des engins offensifs ; il employait la mine, la sape, et c’était toujours avec cette activité, cette promptitude, cette abondance de ressources et ce soin dans les menus détails, qui caractérisent les grands capitaines.

    Il investit le donjon de Meulan :

    <poem class="verse" style="font-size:0.9em; line-height : 1em" >

    « Li chastelains estoit en sa tour demourant :
    Si fort estoit la tour qui n’aloit rien doubtant.
    Bien pourvéu furent en a ou tamps de devant,
    De pain, de char salée et de bon vin friant
    Pour vivre .XV. mois ou plus en .I. tenant.
    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .    .
    Bertran en est alez au chastelain parler,
    Et li requist la tour, qui li veille livrer,
    Et qui la rende au duc, qui tant fait à loer.
    « Tout sauvement, dit-il, je vous lerai aler. »
    Et dist li chastelains : « Foi que doi S. Omer !
    Ainçois qu’en ceste tour vous puissiez hosteler,