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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/337

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transféra « dans une grande place vuide plus à portée du commerce, appellée Champeaux, c’est-à-dire Petits-Champs, déjà destinée à l’usage : du public par le roy Louis VI, son ayeul. Ce fut là qu’il fit bastir les halles pour la commodité des marchands. Il pourveut de plus à la sûreté de leurs marchandises, par un mur de pierre qu’il fit construire autour des halles, avec des portes qui fermoient la nuit. Et entre ce mur de closture et les maisons de marchands il fit faire une espèce de galerie couverte en manière d’apentif, afin que la pluie n’interrompist point le commerce… Le bastiment de Philippe Auguste contenoit deux halles, et le mur qui les environnoit estoit garni de loges[1]. Sous saint Louis, il y avoit deux halles aux draps, et une autre entre deux, avec un appenti. De dire si ces halles aux draps sont les mêmes que fit faire Philippe Auguste, c’est ce que je ne sai pas. Quant à l’appenti et à la troisième halle, on y avoit fait des loges, ainsi que dans celles de Philippe : le roy en étoit propriétaire, et les louoit soixante-quinze livres aux merciers et aux corroyeurs… Avec le temps, la halle devint si grande, et on en fit tant d’autres, que les marchands et les artisans de Paris, de toutes vocations, en eurent chacun une à part, si bien qu’alors au lieu de se servir du mot de halle au singulier, on commença à s’en servir au pluriel, et à dire les halles. Quelque temps après, ceux de Beauvais, de Pontoise, de Lagni, de Gonesse, de Saint-Denys et autres villes des environs de Paris, y en eurent aussi. On en fit de même pour la plupart des villes de Picardie et des Pays-Bas, et pour quelques-unes de Normandie, que nos rois, à l’exemple de saint Louis, louèrent aux habitants des villes de ces provinces-là[2]. »

Successivement ces halles, à Paris comme dans toutes les grandes villes, furent modifiées, étendues, pour satisfaire à des besoins nouveaux, et aujourd’hui il ne nous reste que des débris de ces édifices publics dans quelques villes de second ou de troisième ordre. D’ailleurs le bois jouait un grand rôle dans ces constructions ; c’étaient, ou des appentis, ou de grandes salles ressemblant assez aux granges des monastères qui n’étaient pas bâties de façon à pouvoir demeurer intactes au milieu des villes qui s’embellissaient chaque jour. Toutefois dans des cités du nord, dans ces petites républiques manufacturières des Pays-Bas, ainsi que nous l’avons dit plus haut, on bâtissait, pendant les XIIIe, XIVe et XVe siècles, des halles splendides, et qui se sont conservées jusqu’à nos jours (voy. Halle).

Quant aux constructions civiles telles que les ponts, les égouts, les quais, les canaux, routes, nous renvoyons nos lecteurs à ces mots, aussi bien pour la partie historique que pour la pratique ; nous nous bornerons ici à quelques données générales sur les habitations urbaines, soit des grands, soit des bourgeois. Il faut dire que l’architecture privée suit pas à pas, jusqu’au XIIIe siècle, les données monastiques : 1° parce que les établisse-

  1. Hist. de la ville de Paris, par D. Felibien, t. Ier, p. 204.
  2. Hist. et antiq. de la ville de Paris, Sauval, t. Ier, p. 648.