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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/315

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ments ; de plus un mâchicoulis surmonte cette porte. On entre dans une première cour étroite et fermée, puis dans le cloître G. EE’ sont des clochers crénelés, sortes de donjons qui dominent les cours et bâtiments. Sous le clocher E était l’entrée de l’église pour les fidèles ; I les dortoirs ; K le réfectoire et L la cuisine ; H la bibliothèque ; N les pressoirs ; O l’infirmerie ; M les logements des hôtes et de l’abbé ; X des granges et celliers. Des jardins garnis de treilles étaient placés en P, suivant l’usage, derrière l’abside de l’église. Une petite rivière R[1], protégeait la partie la plus faible des murailles et arrosait un grand verger planté en T. Cette abbaye avait été fondée pendant le IXe siècle, mais la plupart des constructions indiquées dans ce plan dataient de la seconde moitié du XIIe siècle. Il y a lieu de penser même que les défenses ne remontaient pas à une époque antérieure au XIIIe siècle.

Les abbés étant, comme seigneurs féodaux, justiciers sur leurs domaines, des prisons faisaient partie des bâtiments du monastère ; elles étaient presque toujours placées à côté des clochers, souvent même dans leurs étages inférieurs. Si dans le voisinage des villes et dans les campagnes les constructions monastiques, au XIIIe siècle, rappelaient chaque jour davantage les constructions féodales des seigneurs séculiers ; dans l’enceinte des villes, au contraire, les abbayes tendaient à se mêler à la vie civile ; souvent elles détruisaient leurs murailles primitives pour bâtir des maisons régulières ayant vue et entrée sur le dehors. Ces maisons furent d’abord occupées par ces artisans que nous avons vus enfermés dans l’enceinte des couvents ; mais si ces artisans dépendaient encore du monastère, ce n’était plus que comme fermiers pour ainsi dire, obtenant l’usufruit de leurs logis au moyen d’une redevance sur les bénéfices qu’ils pouvaient faire dans l’exercice de leur industrie ; ils n’étaient, d’ailleurs, astreints à aucune règle religieuse. Une fois dans cette voie, les monastères des villes perdirent bientôt toute action directe sur ces tenanciers, et les dépendances séculières des maisons religieuses ne furent plus que des propriétés, supportant un produit de location. On ne peut douter toutefois que les corporations de métiers n’aient pris naissance au milieu de ces groupes industriels que les grandes abbayes avaient formés autour d’elles. C’est ainsi que l’institut bénédictin avait initié les populations à la vie civile, et à mesure que celle-ci se développait sous le pouvoir protecteur de la royauté, les monastères voyaient leur importance et leur action extérieure décroître. L’enseignement seul leur restait ; mais leur qualité de propriétaires fonciers, leur richesse, la gestion de biens considérables qui s’étaient démesurément accumulés dans leurs mains depuis les croisades, ne leur laissaient guère

  1. Riv. Tiretaine. L’abbaye de Saint-Allyre avait été rebâtie sous le pontificat de Pascal II, par conséquent dans les premières années du XIIe siècle, Elle était autrefois comprise dans l’enceinte de la ville de Clermont, mais ne fut fortifiée que plus tard, lorsqu’elle fut laissée en dehors des nouvelles fortifications, vers la fin du XIIe siècle. (Mabillon. Ann. bénéd. — Antiquit. de la France, in-12, 1631.