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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/279

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sculpté de dimension colossale, comme aussi dans le tympan de la porte méridionale de l’abbaye de Moissac, le Christ assis tenant l’Évangile et bénissant ; autour de lui étaient les quatre évangélistes et quatre anges supportant l’auréole ovoïde dont il était entouré. La nef immense était bordée de doubles collatéraux comme l’église Saint-Bernin de Toulouse ; elle était voûtée en berceau plein cintre. Au-dessus de la porte d’entrée, dans l’épaisseur du mur séparant le narthex de la nef, et formant un encorbellement de 2m,00 à l’intérieur, était pratiquée une chapelle dédiée à saint Michel, à laquelle on arrivait par deux escaliers à vis. Nous avons vu qu’à l’abbaye de Saint-Gall (fig. 1) une petite chapelle circulaire, élevée au-dessus du sol, était également dédiée à saint Michel. À Vézelay, à la cathédrale d’Autun, c’est une niche qui surmonte le portail et dans laquelle pouvait être placé un autel. Il semblerait que cette disposition appartînt aux églises clunisiennes ; en tous cas elle mérite d’être mentionnée, car nous la retrouvons à Saint-Andoche de Saulieu ; dans l’église de Montréal, près Avallon, sous forme de tribune avec son autel encore en place (voy. Tribune ). Mais ce qui caractérise la grande église de Cluny, c’est ce double transsept dont aucune église en France ne nous donne d’exemple. En D était l’autel principal, en E l’autel de retro, en F le tombeau de saint Hugues, mort en 1109. La grande quantité de religieux qui occupaient Cluny à la fin du XIe siècle explique cette disposition du double transsept ; en effet les stalles devaient s’étendre depuis l’entrée du transsept oriental jusque vers le tombeau du pape Gélase, en G, et fermaient ainsi les deux croisillons de la première croisée. Le second transsept devait être réservé au culte, à l’entrée comme à la sortie des religieux ; et les deux croisillons du premier transsept, derrière les stalles, étaient destinés au service des quatre chapelles ouvertes à l’est, peut-être aussi aux hôtes nombreux que l’abbaye était souvent obligée de loger, soit pendant les grandes assemblées, lors des séjours des papes et des personnages souverains. Du côté du midi était un immense cloître entouré de bâtiments dont on retrouve des traces encore aujourd’hui en O et en I.—K, L, étaient les deux abbatiales reconstruites à la fin du XVe siècle et au commencement du XVIe ; M une boulangerie qui subsiste encore ; S, N, les bâtiments rebâtis au commencement du siècle dernier sur l’emplacement des constructions primitives ; P la paroisse ; T la rue longeant la clôture de l’abbaye ; V les jardins avec de grands viviers. Une chronique de l’abbaye fait remonter au gouvernement de saint Hugues « la construction d’un immense réfectoire, au midi du cloître. Ce réfectoire, long de cent pieds et large de soixante, contenait six rangs de tables, sans compter trois autres tables transversales, destinées aux fonctionnaires de la communauté. Il était orné de peintures qui retraçaient les histoires mémorables de l’ancien et du Nouveau Testament, les portraits des principaux fondateurs et bienfaiteurs de l’abbaye. À l’un des bouts une grande peinture représentait le jugement dernier[1]. » Cet

  1. Hist. de l’abb. de Cluny, Lorain.