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Page:Viollet-le-Duc - Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, 1854-1868, tome 1.djvu/177

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de son propre fonds, abusant des principes, poussant la logique au point de torturer la méthode à force de vouloir la suivre et en tirer toutes les conséquences. Tous les exemples du Dictionnaire font voir comme on arrive par une pente insensible du XIIe siècle au XVe fatalement. Chaque tentative, chaque effort, chaque perfectionnement nouveau conduit rapidement à l’apogée, aussi rapidement à la décadence, sans qu’il soit possible d’oser dire : « C’est là où il faut s’arrêter. » C’est une chaîne non interrompue d’inductions, dont on ne peut briser un seul anneau, car ils ont tous été rivés en vertu du principe qui avait fermé le premier. Et nous dirons qu’il serait peut-être plus facile d’étudier l’architecture gothique en la prenant à sa décadence, en remontant successivement des effets aux causes, des conséquences aux principes, qu’en suivant sa marche naturelle ; c’est ainsi que la plupart d’entre nous ont été amenés à l’étude des origines de cet art, c’est en le prenant à son déclin, en remontant le courant.

Par le fait, l’architecture gothique avait dit à la fin du XVe siècle son dernier mot, il n’était plus possible d’aller au delà, la matière était soumise, la science n’en tenait plus compte, l’extrême habileté manuelle des exécutants ne pouvait être matériellement dépassée ; l’esprit, le raisonnement avaient fait de la pierre, du bois, du fer, du plomb, tout ce qu’on en pouvait faire, jusqu’à franchir les limites du bon sens. Un pas de plus, et la matière se déclarait rebelle, les monuments n’eussent pu exister que sur les épures ou dans le cerveau des constructeurs.

Dès le XIVe siècle l’Italie, qui n’avait jamais franchement abandonné les traditions antiques, qui n’avait que subi partiellement les influences des arts de l’Orient ou du Nord, relevait les arts romains. Philippe Brunelleschi, né en 1375 à Florence, après avoir étudié les monuments antiques de Rome, non pour en connaître seulement les formes extérieures mais plus encore pour se pénétrer des procédés employés par les constructeurs romains, revenait dans sa patrie au commencement du XVe siècle et après mille difficultés suscitées par la routine et l’envie, élevait la grande coupole de l’église de Sainte-Marie-des-Fleurs. L’Italie, qui conserve tout, nous a transmis jusqu’aux moindres détails de la vie de ce grand architecte, qui ne se borne pas à cette œuvre seule ; il construisit des citadelles, des abbayes, les églises du Saint-Esprit, de Saint-Laurent à Florence, des palais… Brunelleschi était un homme de génie, et peut être considéré comme le père de l’architecture de la Renaissance en Italie, car s’il sut connaître et appliquer les modèles que lui offrait l’antiquité, il donna cependant à ses œuvres un grand caractère d’originalité rarement dépassé par ses successeurs, égalé peut-être par le Bramante, qui se distingue au milieu de tant d’artistes illustres, ses contemporains, par un goût pur, une manière simple, et une grande sobriété dans les moyens d’exécution.

À la fin du XVe siècle ces merveilles nouvelles qui couvraient le sol de l’Italie faisaient grand bruit en France. Quand Charles VIII revint de ses folles campagnes, il ramena avec lui une cour étonnée des splendeurs d’outre-monts, des richesses antiques et modernes que renfermaient les