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» Il était né trois ans avant le siècle [1], cinq ans avant Victor Hugo, huit ans après Lamartine. Son père, le comte de Vigny, brillant homme de cour, ancien officier sous Louis XV, s’était distingué dans la guerre de Sept ans. Sa mère était fille de l’amiral de Baraudin, cousine du grand Bougainville, petite-nièce du poëte Regnard. Elle était d’une distinction et d’une beauté remarquables ; elle avait, disent ceux qui l’ont connue avant la terrible maladie des dernières années, une intelligence des plus élevées unie à une rare fermeté de caractère, et il y avait entre le fils et la mère une parfaite ressemblance. Alfred fut envoyé comme externe dans une institution du faubourg Saint-Honoré, où il fit ses études avec une ardeur extraordinaire qui compromettait sa frêle santé. Comme tous les poëtes-nés, il essaya son vol et rima des vers à des âges invraisemblables. Cependant, quand sa mère, qui avait ramassé quelques plumes de cette muse au bord du nid, l’interrogeait sur sa vocation, l’enfant répondait : « Je veux être lancier rouge ! » Lancier rouge ! On était à la fin de l’Empire. Alors, comme il l’écrit lui-même, les lycéens les plus studieux étaient distraits, le tambour étouffait la

  1. Né à Loches le 27 mars 1797, il est mort à Paris le 17 septembre 1863