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CHAPITRE III.
CARNÉADE. SA VIE ET SA DOCTRINE.

Bien que les successeurs immédiats d’Arcésilas n’aient rien trouvé à ajouter à sa doctrine, il restait beaucoup a faire dans la direction que le fondateur de la nouvelle Académie avait indiquée. Non seulement Arcésilas n’avait pas donné k ses arguments sceptiques toute la précision et la rigueur qu’ils comportaient, mais il s’était trop prudemment contenté du rôle facile de destructeur et de négateur. La nécessité de vivre et les exigences de la vie pratique ont toujours été la grande difficulté qu’ont rencontrée les sceptiques : c’est le talon d’Achille du scepticisme. La doctrine de la vraisemblance n’a été inventée que pour parer à cette difficulté. Mais la doctrine de la vraisemblance n’était chez Arcésilas qu’à l’état d’ébauche. Quand il fallait s’expliquer sur ce point délicat, il balbutiait plutôt qu’il ne parlait : il passait du doute à la vraisemblance brusquement, sans rien justifier, parce qu’il ne pouvait faire autrement. Carnéade, qui reprit son œuvre de fond en comble, en vit bien le défaut, et y porta remède. Il maintint avec autant de fermeté que son prédécesseur la thèse que rien n’est certain, et il porta à l’école de Chrysippe des coups aussi rudes que ceux que Zenon avait reçus d’Arcésilas. Mais, en même temps, il sut trouver des intermédiaires, distinguer des nuances, passer doucement, sans embarras et sans scandale logique, du doute à la probabilité. Entre ses mains, la doctrine de la nouvelle Académie forme un tout bien lié et devient un système qui mérite l’examen, et, quelques réserves qu’il provoque, fait honneur à ses auteurs.

Carnéade n’a rien écrit[1] et probablement c’est à cette

  1. Diog., IV, 65 ; Plit, De Alex, cirtute., I, 4.