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bouche ; on sautait d’immenses fossés, au beau milieu desquels on se roulait souvent ; souvent encore on passait à gué la Doire, à l’endroit où elle se jette dans le Pô ; en un mot, nous en fîmes tant de ces sottises et d’autres du même genre, que personne ne voulait plus nous louer de chevaux à tel prix que ce fût. Mais ces mêmes excès développaient grandement mes forces, et me donnaient de la hardiesse. Ils préparaient par degrés mon ame à mériter, à supporter, et peut-être à bien gouverner avec le temps cette liberté physique et morale qui venait de m’être rendue.







CHAPITRE VIII.

Oisiveté complète. — Il m’arrive des contrariétés que je supporte avec constance.



Personne alors ne se mêlait de mes actions, que le nouveau valet de chambre, en qui mon curateur croyait m’avoir donné une espèce de demi-précepteur, et qui avait ordre de m’accompagner toujours et partout. Mais, pour dire la vérité, comme c’était une bonne bête, passablement intéressée, en lui donnant beaucoup d’argent, je faisais de lui tout ce qu’il me plaisait d’en faire, et il ne redisait jamais rien. Malgré tout cela, comme de sa nature l’homme n’est jamais content, et moi beaucoup moins que tout autre, je m’ennuyai bientôt. Si petite que fut