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ble à notre supplice, à nous autres, pauvres petits martyrs du second et du troisième appartement, les lieux étaient distribués de telle sorte, que, pour aller à la messe dans notre chapelle, et aux salles de danse ou d’escrime, il nous fallait passer chaque jour par les galeries du premier appartement, et avoir continuellement sous les yeux le spectacle insultant de leur liberté déréglée. Triste comparaison à faire avec l’austérité de notre régime, que, chemin faisant, nous nommions la galère. Celui qui disposa les classes de la sorte était un sot qui ne comprenait rien au cœur de l’homme, puisqu’il ne savait pas la déplorable influence que devait exercer sur ces jeunes esprits la vue continuelle de tant de fruits défendus.






CHAPITRE II.

Premières études. — Études pédantesques et mal faites.



Me voilà donc établi dans le troisième appartement, et dans la chambre dite du Milieu, confié à la garde de ce même André, mon domestique, qui, de la sorte, se voyant mon maître, sans avoir ma mère ou mon oncle, ou tout autre de mes parens pour le contenir, devint un diable déchaîné. Ce homme me tyrannisait à son gré pour toutes les choses de sa compétence. C’était ensuite le tour de