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CHAPITRE XVII

Voyage a Paris. — Retour en Alsace, après avoir pris des engagemens avec Didot, pour l’impression de toutes mes tragédies, au nombre de dix-neuf. — Cruelle maladie en Alsace, où mon ami Caluso était venu passer l’été avec moi.


1787.Après plus de quatorze mois d’un séjour non interrompu en Alsace, nous partîmes ensemble pour Paris ; cette ville, par sa nature et à cause de la mienne, m’avait toujours paru désagréable au plus haut degré ; mais elle se changeait pour moi en un paradis, du moment que mon amie l’habitait. Toutefois, ne sachant pas encore si j’y resterais longtemps, je laissai en Alsace, dans notre maison de campagne, mes bien-aimés chevaux, et n’apportai à Paris que quelques livres et tous mes manuscrits. D’abord le bruit et la puanteur de ce chaos, après un si long séjour à la campagne, m’attristèrent beaucoup. Il se trouvait ensuite que je demeurais très-loin de mon amie ; cette contrariété prévue d’avance, mille autres choses encore, qui dans cette Babylone me déplaisaient souverainement, m’auraient bientôt fait repartir, si je n’avais vécu que pour moi et en moi. Mais depuis bien des années il n’en était plus ainsi, et je me résignai tristement à la nécessité ; je cherchai du moins, à en tirer quelque fruit pour mon instruction ; mais pour ce qui est de l’art des vers, comme il n’y avait à Paris aucun homme de lettres qui eût de notre langue