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CHAPITRE IV

Second voyage littéraire en Toscane ; je le gâte par un sot luxe d’équipage. Je me lie d’amitié avec Gandellini. Travaux accomplis ou ébauchés à Sienne.


Je partis dans les premiers jours de mai, muni comme de coutume de la permission qu’il fallait obtenir du roi pour sortir de ses bienheureux états. Le ministre à qui je la demandai me répondit que j’avais déjà été, l’année d’avant, en Toscane. « C’est pour cela, répliquai-je, que je me propose d’y retourner encore cette année. » Cette permission me fut accordée ; mais ce mot me donna à penser, et fit dès lors germer dans ma tête le dessein que moins d’un an après je mis pleinement à exécution, et qui me dispensa dans la suite de demander aucune permission de ce genre. Comme ce second voyage devait se prolonger plus que l’autre, et qu’à mes rêves de véritable gloire il se mêlait encore quelques bouffées de vanité, j’emmenai avec moi plus de gens et de chevaux, afin de marier ainsi deux rôles qui rarement vont d’accord ensemble, le rôle de poète et celui de grand seigneur. J’eus donc huit chevaux à ma suite et un équipage digne d’un pareil train. Je pris la route de Gènes, où je m’embarquai avec mon bagage et une petite calèche, laissant mes chevaux suivre la voie de terre par Lerici et Sarzana. Ils y arrivèrent heureusement et avant moi. Pour moi, la felouque où j’étais, presque en vue de Le-