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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/471

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uns les autres, et ils voyaient disparaître peu à peu ce navire, sans qu’il eût remarqué leur présence. Ils l’appelaient, mais en vain !

Ce fut alors que le docteur eut une dernière inspiration de cet industrieux génie qui l’avait si bien servi jusqu’alors.

Un glaçon, pris par le courant, vint se heurter contre l’ice-field.

« Ce glaçon !» fit-il, en le montrant de la main.

On ne le comprit pas.

« Embarquons ! embarquons ! » s’écria-t-il.

Ce fut un éclair dans l’esprit de tous.

« Ah ! monsieur Clawbonny, monsieur Clawbonny ! » répétait Johnson en embrassant les mains du docteur.

Bell, aidé d’Altamont, courut au traîneau ; il en rapporta l’un des montants, le planta dans le glaçon comme un mât et le soutint avec des cordes ; la tente fut déchirée pour former tant bien que mal une voile. Le vent était favorable ; les malheureux abandonnés se précipitèrent sur le fragile radeau et prirent le large.

Deux heures plus tard, après des efforts inouïs, les derniers hommes du Forward étaient recueillis à bord du Hans Christien, baleinier danois, qui regagnait le détroit de Davis.

Le capitaine reçut en homme de cœur ces spectres qui n’avaient plus d’apparence humaine ; à la vue de leurs souffrances, il comprit leur histoire ; il leur prodigua les soins les plus attentifs, et il parvint à les conserver à la vie.

Dix jours après ; Clawbonny, Johnson, Bell, Altamont et le capitaine Hatteras débarquèrent à Korsœur, dans le Seeland, en Danemark ; un bateau à vapeur les conduisit à Kiel ; de là, par Altona et Hambourg, ils gagnèrent Londres, où ils arrivèrent le 13 du même mois, à peine remis de leurs longues épreuves.

Le premier soin du docteur fut de demander à la Société royale géographique de Londres la faveur de lui faire une communication ; il fut admis à la séance du 15 juillet.

Que l’on s’imagine l’étonnement de cette savante assemblée, et ses hurrahs enthousiastes après la lecture du document d’Hatteras.

Ce voyage, unique dans son espèce, sans précédent dans les fastes de l’histoire, résumait toutes les découvertes antérieures faites au sein des régions circumpolaires ; il reliait entre elles les expéditions des Parry, des Ross, des Franklin, des Mac Clure ; il complétait, entre le centième et le cent quinzième méridien, la carte des contrées hyperboréennes, et enfin il aboutissait à ce point du globe inaccessible jusqu’alors, au pôle même.