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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/462

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Le double du document fut déposé à l’intérieur du cairn dans un cylindre de fer-blanc parfaitement clos, et le témoignage de la grande découverte demeura ainsi abandonné sur ces rochers déserts.

Alors les quatre hommes et le capitaine, — un pauvre corps sans âme, — et son fidèle Duk, triste et plaintif, s’embarquèrent pour le voyage du retour. Il était dix heures du matin. Une nouvelle voile fut établie avec les toiles de la tente. La chaloupe, filant vent arrière, quitta l’île de la Reine, et le soir, le docteur, debout sur son banc, lança un dernier adieu au mont Hatteras, qui flamboyait à l’horizon.

La traversée fut très-rapide ; la mer, constamment libre, offrit une navigation facile, et il semblait vraiment qu’il fût plus aisé de fuir le pôle que d’en approcher.

Mais Hatteras n’était pas en état de comprendre ce qui se passait autour de lui ; il demeurait étendu dans la chaloupe, la bouche muette, le regard éteint, les bras croisés sur la poitrine, Duk couché à ses pieds. Vainement le docteur lui adressait la parole. Hatteras ne l’entendait pas.

Pendant quarante-huit heures, la brise fut favorable et la mer peu houleuse. Clawbonny et ses compagnons laissaient faire le vent du nord.

Le 15 juillet, ils eurent connaissance d’Altamont-Harbour dans le sud ; mais, comme l’Océan polaire était dégagé sur toute la côte, au lieu de traverser en traîneau la terre de la Nouvelle-Amérique, ils résolurent de la contourner et de gagner par mer la baie Victoria.

Le trajet était plus rapide et plus facile. En effet, cet espace que les voyageurs avaient mis quinze jours à passer avec leur traîneau, ils en mirent huit à peine à le franchir en naviguant, et, après avoir suivi les sinuosités d’une côte frangée de fjords nombreux dont ils déterminèrent la configuration, ils arrivèrent le lundi soir, 23 juillet, à la baie Victoria.

La chaloupe fut solidement ancrée au rivage, et chacun s’élança vers le Fort-Providence. Mais quelle dévastation ! La Maison-du-Docteur, les magasins, la poudrière, les fortifications, tout s’en était allé en eau sous l’action des rayons solaires, et les provisions avaient été saccagées par les animaux carnassiers.

Triste et décevant spectacle !

Les navigateurs touchaient presque à la fin de leurs provisions, et ils comptaient les refaire au Fort-Providence. L’impossibilité d’y passer l’hiver devint évidente. En gens habitués à prendre rapidement leur parti, ils se décidèrent donc à gagner la mer de Baffin par le plus court.

« Nous n’avons pas d’autre parti à suivre, dit le docteur ; la mer de Baffin